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jeudi 12 janvier 2012

Bref contre-éloge de la vacuité


(Début 2012, après deux semaines civiles seulement, s'agissant des thèmes et projets de réformes, ainsi que les avancées constitutionnelles abordés par le Chef de l'Etat Nicolas Sarkozy en campagne)

Semaine 1 (2012)
Projet de Réforme de la TVA à des fins d'instauration d'une "TVA Sociale"

Taux? Assiette? Rendement? Impact sur la consommation (incluant l'analyse court-terme pour une économie nationale déjà en récession, la notion de "cycle économique" étant déterminante pour la mise en oeuvre d'un tel projet)? Gain global de compétitivité en taux et part du PIB et de la balance? Répartition du bénéfice de l'allègement des charges sociales entre les salariés et les entreprises? Compensation? Intégration à l'ensemble de la fiscalité? Analyse corrélée de la part de la fiscalité indirecte et directe? Mise en perspective avec la fonction redistributive de la fiscalité? Articulation avec l'IRPP ainsi que la CSG et son assiette plus large qui inclut le capital? Intégration à une fiscalité européenne pourtant en cours de déploiement avec les objectifs fédéraux du Sommet de Bruxelles du 09/12? Articulation de cette taxe unilatérale avec les mécanismes de l'OMC? Etc, etc, etc

Analyse reportée après le Sommet Social du 18/01/2012 (a minima).

Un vrai sujet pourtant, s'agissant du financement équilibré de la protection sociale aujourd'hui non assuré, et d'un indispensable rétablissement de la compétitivité de l'économie française.

Semaine 2 (2012)
Projet d'instauration d'une "Taxe sur les transactions financières"

Taux? Assiette? Productivité financière (rendement) avérée (au-delà des élucubrations de la cellule économique élyséenne et des fonctionnaires de Bercy aux ordres)? Rendement si les seules actions servent d'assiette? Impact sur le financement (renchérissement) de la dette souveraine française si le mécanisme concerne aussi les obligations? Impact financier général et consolidé (fuite des capitaux; baisse de l'activité) dans l'hypothèse d'une initiative isolée de la France? Impact politique et diplomatique sur la construction européenne fédérale en cours (Mario Monti l'Eclairé souligne déjà les risques)? Intégration future à la fiscalité européenne en matière de taxation exceptionnelle si l'UE et la zone euro devaient rejoindre l'initiative en un second temps? Intégration de cette taxe au sein des options économiques validées par le G20? Articulation de cette taxe avec les mécanismes de l'OMC? Promotion (pondération) de cette initiative au regard de l'indispensable action requise par ailleurs sur la question du rééquilibrage monétaire global Dollar-Euro-Yuan, aux fins de restauration d'un équilibre mondial de la compétitivité? Etc, etc, etc.

Analyse reportée... Mais quand au fait? 
Ah oui, quand l'Allemagne voudra bien se pencher sur la question (ce qu'elle refuse). 

Un vrai sujet pourtant s'agissant de la gouvernance financière mondiale, du financement mondial de la croissance, de la correction des inégalités induites par une économie devenue largement financière, d'une certaine "moralisation du capitalisme" (ce qui est contradictoire) mise en avant depuis 2008 mais jamais suivie du moindre effet. 

Semaine 1 et 2 (2012)
Un Etat intégré à l'UE et membre de l'OMC peut-il et doit-il venir au secours d'une entreprise privée comme SeaFrance lorsqu'elle est en grande difficulté économique impliquant une menace de destruction d'emplois associée, a fortiori tenant compte d'une période de récession économique et d'hyper-chômage? (Cas d'école)

Sujet ni compris, ni maîtrisé, ni traité, ni résolu par l'exécutif. L'Entreprise a coulé (Liquidation Judiciaire sans reprise ni poursuite d'activité) .

Un vrai sujet pourtant que celui de la légitimité et des modalités d'intervention d'un Etat économiquement et socialement responsable dans une Europe fédérale intégrée devant répondre aux exigences de la libre concurrence, au sein d'un économie mondialisée. 

Semaine 1 et 2 (2012)
Projet de Traité Européen dont le principe a été entériné le 09/12/2011, en vue de répondre à une crise financière et économique européenne de type systémique en relation avec les dettes souveraines d'une gravité sans précédent, appelant des mesures d'extrême urgence.

En cours de rédaction. Le projet devrait être disponible d'ici à fin Mars 2012, soit dans environ 3 mois. A quoi il faut ajouter les mécanismes et la durée d'adoption, tenant compte pour la France promoteur du dit projet, d'une période électorale.

Pour mémoire
Montant de l'accroissement de la dette publique française par seconde: environ 5 500€. Pour un total de 26 000€/habitant. Besoins immédiats en financement des principaux établissements financiers français seulement touchés par la crise systémique: plus 600 milliards d'euros. 

Entre tentative de réponse en temps réel aux défis d'une économie en chute libre et obsession réformatrice aiguë soulevant (beaucoup) plus d'interrogations qu'elle n'apporte de réponses (puisqu'il n'y en a aucune de cohérente, les questions soulevées demeurant comme suspendues), et complet contre-temps d'avec les exigences économiques de compétitivité ou de financement, ou encore sociales, il est certain que la seule évidence qui s'impose à l'observateur attentif est celle...

de la vacuité. 

Une vertigineuse vacuité, doublée d'une imprécision et d'un amateurisme troublants, au-delà des postures de responsabilité.

L'éloge du vide en quelque sorte.



mardi 10 janvier 2012

Atlantico, SeaFrance, l'élection présidentielle et l'esprit d'entreprise


(Qui n'était pas prévu, mais je n'y résiste pas. Il faut savoir être attentif au réel.)

Jean-Sébastien Farjou, jeune et gourmand rédacteur en chef d'Atlantico (déjà identifié sur l'échiquier électoral des médias en campagne dans un autre billet de votre serviteur), ce matin, sur France Info, à propos des salariés de SeaFrance qui ont rejeté la proposition d'affecter l'ensemble de leurs indemnités surabondantes à la constitution de la SCOP pourtant espérée, le lendemain de la mise en liquidation judiciaire de leur entreprise:

"C'est là qu'on voit qu'ils manquent d'esprit d'entreprise" (sic).

Dîtes, jeune baveux inepte et indécent porte-parole à peine dissimulé de la pensée néo-libérale, ne vous a-t-on pas appris pendant vos études que le rôle des "salariés" n'est pas de créer leur emploi (en créant sans financement externe et sans tour de table, une entreprise qui ne détiendrait aucun actif et qui ne servirait qu'à produire et enrichir les prestataires et fournisseurs fossoyeurs) avec leur épargne ou leurs indemnités (celles-ci étant en soi appelées à alimenter celle-là)? 

Ce qui est le rôle des "investisseurs" qui courent ainsi un risque récompensé peut-être, c'est la règle du jeu, par des dividendes et une valorisation de leur capital.

Mais qu'il leur appartient de délivrer une prestation de travail dans le cadre d'un contrat conforme aux exigences légales et conventionnelles en contrepartie d'une rémunération qui sera toutefois perdue dès que le contrat sera rompu, l'heure étant hélas venue depuis hier pour les salariés de SeaFrance dont vous parlez avec une légèreté qui n'a d'égal que votre inculture, les indemnités de licenciement réparant le préjudice important ainsi subi.

Ne vous a-t-on donc pas même appris la différence entre le capital et le travail, et donc les spécificités de la rémunération du capital et du travail?

Si l'on ne vous a pas appris ça, jeune pisse-copie, alors, il est urgent de transformer intégralement la rémunération des enseignants en "rémunération au mérite" ou, mieux encore, en "dotation financière pour objectif pédagogique atteint" ou, plus lumineux encore, en "stock option du savoir transmis".

Je suis certain que vous adorerez cette dernière idée en réalité, qui permettrait de différer le paiement de la prestation de l'enseignant, de plusieurs années donc, pour s'assurer que la valeur ajoutée productive de la formation initiale est bien effective dans la durée. Génial et motivant non, pour éviter que de mauvais élèves comme vous, passés donc en de mauvaises mains si on ne vous a pas appris ce qui précède, ne sévissent dans les médias?

Je suis en outre convaincu, pour être fidèle à votre présupposés idéologiques puissants tout en étant masqués (et s'ils sont inconscients, alors là, c'est encore pire que le pire!), que vous ne verrez aucun inconvénient, bien au contraire, à ce qu'on élimine ainsi tout ce vocable archaïque de "salaire", "mérite", "prime", "indemnité", "allocation", trop connoté "droit social", "Front populaire", "Gauche progressiste", "Etat-Providence" n'est-ce pas?

Au moins pourra-t-on espérer que dans l'avenir vous et bon nombre de vos petits camarades de promotion sévissant à l'heure actuelle dans l'univers joyeux et parfois (souvent) débilitant (la preuve) des "pure player", lorsque vous serez amenés à commenter des faits d'actualité graves et sérieux, ne pourrez plus sortir des âneries qu'on sanctionnerait d'un zéro pointé en fac, dans une quelconque ESJ ou à Sciences-Po. 

Le néo-libéralisme absolu appliqué à la rémunération des enseignants comme rempart définitif contre les graves fautes de raisonnement économique et juridique (entre autres) des journalistes ainsi formés. Vous devriez exulter, non?!

Et si vous le savez, si vous savez que ce que vous dîtes est l'un des fers de lance de la destruction programmée du droit social, de la limite formelle entre capital et travail, entre salarié et entrepreneur ou mieux investisseur, entre salaire et dividendes, alors dîtes clairement que vous roulez pour l'UMP jeune homme.

Demandez à la toute aussi nulle sur le plan juridique et économique Ministre Nathalie Kosciusko-Morizet qui a appris les Maths et la Physique à Polytechnique et aussi comment marcher au pas - ce qui lui sert beaucoup dans le gouvernement auquel elle appartient- (dont nous avons parlé dans un autre billet, s'agissant d'une néo-propagandiste peu convaincante mais encensée en haut lieu- enfin "haut", c'est une façon de parler, n'est-ce pas, au propre comme au figuré) de vous envoyer copie de ses discours et de ses prises de parole; apprenez-en le texte par coeur; "recrachez"-le dans les médias et sur les pages d'Atlantico; et changez la bannière d'Atlantico.fr en indiquant "Organe officiel de l'UMP". JF Copé adorera.

En précisant dans un "chapô" si cher à votre tradition professionnelle, par exemple: "Organe de presse officiellement reconnu par l'UMP et porte-parole de ce dernier parti politique, a vocation de diffusion inconditionnelle des idées et thèses néo-libérales en vigueur dans le gouvernement de Nicolas Sarkozy et au sein du parti présidentiel lui-même subordonné à l'ambition personnelle de son héros, sans souci premier du rôle constitutionnel des partis en matière de liberté de pensée et d'expression du suffrage". 

Au moins tout sera clair. 

Il faut savoir prendre des risques jeune homme. C'est ça l'esprit d'entreprise appliqué à votre profession: dire clairement d'où et pour qui (ou pourquoi on refuse cela, précisément) on parle. Et tenter de faire des profits (au moins d'équilibrer les comptes, ce qui est déjà très difficile dans votre profession) avec ce discours identifié là sur l'ensemble de l'actualité.

Ne pas le dire tout en le faisant, ce qui est votre cas, cela s'appelle, selon le point de vue, de la malhonnêteté intellectuelle, de la propagande non officielle, du soutien électoral déguisé, de la désinformation, du cynisme économique et utilitariste, et, et, ...

...j'entends venant de je ne sais où un certain Michel Audiard qui me pousse du coude en me disant d'ajouter "de la connerie en barre", formule que j'adjoins donc. 

Tout en y adhérant, je l'avoue. 
Et savourant même ce type de prose tant il faut parfois rappeler à certains journalistes qu'ils ne sont assis que sur leur postérieur, et qu'ils feraient mieux de tourner leur langue sept fois dans leur bouche avant de parler de choses aussi sérieuses que celles que l'actualité quotidienne charrie dans son flot incessant et qui parle de la destinée (du drame) d'hommes, de femmes, de familles, de villes, de régions entières et par légions. 

Toutes choses avec lesquelles, jeune homme, on n'a pas le droit à l'erreur de l'interprétation théorique ou du stupide parti pris politique. Car lorsqu'on se trompe, ce qui est hélas le cas de cette sinistre affaire SeaFrance dont votre héros s'est fait le champion et qui finit par le fond (comme à chaque fois), les perspectives d'activité et d'emploi étant réduites à une peau de chagrin pour chacals en mal d'optimisation (ça ne vous aura pas échappé n'est-ce pas? Entre Eurotunnel qui veut spéculer sur la location tout en coulant la future SCOP, si elle existe, pour asseoir son trafic transmanche; la SNCF qui veut amortir une énième fois, après l'avoir racheté, un matériel, des navires en l'occurrence, qu'elle n'aura pas même aidé à entretenir tout étant parti de là, alors qu'on parle d'une fraction infinitésimale de son actif et de son bilan; la SNCF encore qui veut bien récupérer seulement ... 200 ou 300 salariés elle aussi, voire moins, comme Louis Dreyfus Armement, mais avec une rémunération réduite de 40 ou 50% -quelle aubaine!)- lorsqu'on se trompe comme vous le faîtes, donc, c'est tout un pan de l'économie qui part à la casse. 

Et face à ça, votre naïve apologie de l'entrepreunariat pour salariés brisés ne relève pas même de l'écume des jours, mais de la vomissure journalistique dont Atlantico est visiblement capable, avant d'en devenir familier, n'en doutons pas, au fur et à mesure que la campagne "montera en pression". C'est dire les horreurs qu'il y a encore à attendre de votre plume, de votre discours, ou de votre direction (mais nous dirons désormais "management", ce sera mieux) de la rédaction de votre pure player.

Mais au fait, et pour en terminer, vous êtes salarié d'Atlantico, jeune homme?

Je vous propose donc, en cohérence avec votre point de vue économique général appliqué au problème particulier de l'affectation par les salariés désormais licenciés de SeaFRrance de leur indemnité de licenciement surabondante, de suspendre intégralement votre rémunération durant toute la campagne électorale, et d'affecter votre salaire au fonctionnement de votre média qui n'est toujours pas à l'équilibre malgré les soutiens, je vous le rappelle. Et qui a besoin d'investisseurs et financiers, précisément. 

Nous ferons le point (une assemblée générale ordinaire suffira mais s'imposera, n'est-ce pas, que nous ferons dans les 90 jours, comme il se doit. Vous n'allez quand même pas nous dire que vous êtes pressé de percevoir votre compensation financière?) après le 7 mai 2012 et vous donnerons ou pas quitus de votre politique rédactionnelle en fonction de l'audience d'Atlantico et de la confirmation de son positionnement à droite, et surtout, de la réélection de votre champion, l'actuel Chef de l'Etat.

Et s'il n'est pas réélu, hélas, mais dans la droite logique de votre point de vue sur SeaFrance, et bien, vous ne serez pas du tout rémunéré, il n'y aura aucun dividende à toucher, puisque l'objectif de profitabilité politique appliqué à l'activité journalistique d'Atlantico n'aura pas été atteint.

Comment?
Vous n'êtes pas d'accord?
"Et tout le travail que (vous) avez fourni pour que Nicolas Sarkozy soit réélu et que ses thèses néo-libérales prévalent", dîtes-vous?
"Et comment allez (vous) faire pour vivre avec (votre) famille et vos charges", dîtes-vous?

Mais enfin, jeune homme.
Mais enfin, Monsieur le rédacteur en chef d'Atlantico, comme vous l'avez si bien dit...

"Il faut avoir l'esprit d'entreprise"!






jeudi 5 janvier 2012

SeaFrance, le délire universel, et le Titanic




Campagne électorale et statistique record du chômage en France obligent, le dossier SeaFrance fait la Une de tout ce qui informe et communique, en même temps que le cauchemar (ou le rêve, ou la méditation) de presque tout ce qui bat pavillon politique. 

Où l’on entend, lit, voit tout et n’importe quoi, et plutôt n’importe quoi que tout. A un degré d’ineptie économique, juridique, politique rarement égalé. 

SeaFrance ou le délire collectif érigé en paradigme. 

Nous ne nous arrêterons pas ici plus qu’il ne convient, tant cette histoire, cette sinistre farce économico-juridico-politique (cette tragédie pour les salariés et l’économie locale et nationale) est délirante, sur l’énigmatique position du Tribunal de Commerce de Paris qui aura précédemment repoussé une offre de reprise impliquant une recapitalisation à hauteur de 160 millions d’euros par une SNCF qui semble hypocritement découvrir qu’elle a une filiale dans le secteur du transport maritime; 

Pas davantage sur la cynique position de Louis Dreyfus Armement (LDA) qui sait pouvoir récupérer « à la casse » pour 5 millions d’euros voire moins 4 navires dont la valeur d’actif est de 50 à 60 millions d’euros, son offre ayant été repoussée, mais les mandataires judiciaires n’ayant dans l’avenir plus la faculté de fixer les prix lorsque la vente se fera aux enchères si la liquidation judiciaire définitive est prononcée ;

Pas encore sur les déclarations d’un certain Monsieur Mariani, Ministre des Transports de son état et donc en charge du dossier, qui a osé déclarer le 4 Janvier que « les salariés semblent vouloir la mort de l’entreprise et ne pas tenir à leur emploi », dans une rhétorique qui montre que non seulement le Ministre n’a aucun sens des conditions de la négociation à ce niveau (ce que l’histoire a confirmé), mais que de plus ses éructations ne sont rien d’autre que l’expression de l’indignité dominante de ceux à qui l’on a confié la charge et le service exécutifs de la Nation et de la République ;

Pas plus sur la posture de grand chevalier blanc de l’emploi d’un Chef de l’Etat (que l’on appellera « Monsieur 500 milliards de dette » ou « Monsieur 71 milliards de déficit de la balance commerciale », comme on voudra, pour mémoire) par ailleurs complètement impuissant derrière son obsession réformatrice aigue, qui aura creusé par ses choix fiscaux et budgétaires catastrophiques et son absence de politique la tombe de l’industrie, des services, et de l’activité économique française avec à son actif une récession durant 9 mois, une perspective de croissance à 0,3% maximum, un chômage record à 9,8% appelé à atteindre la cime de 10,2% ou 10,3% dans les mois qui viennent alors que dans le même temps, l’Allemagne – qui doit pourtant affronter la même crise avec une dette de 2000 milliards d’euros- vient d’enregistrer un record historiquement bas de 7,1% de son taux de chômage, performance inégalée depuis vingt ans. 

Sans parler d’une instrumentalisation pitoyable de la fonction présidentielle qui préfère, à de basses fins électorales, mais c’est ainsi depuis le début du mandat, le gadget de crise pour entreprises au bord du gouffre à une véritable politique économique.

Pas encore sur la toute dernière sortie datée du jour de la SNCF déjà nommée qui propose de reclasser l’ensemble des 880 salariés, ce qui est savoureux, après que la même ait délibérément coulé sa filiale faute de lui avoir donné en temps utiles les moyens de la modernisation de sa flotte (qu’étaient 50 millions d’euros pour restaurer les marges par optimisation des navires sur un marché hyper-concurrentiel ? Lors même que le CA annuel était de 222 millions d’euros), pour mieux pouvoir se poser aujourd’hui en sauveur. 

Mais quel sauveur, dont on sait bien que le reclassement proposé, sur un strict plan juridique, ne saurait constituer une continuation des contrats de travail (terrible ou merveilleux article L 122.12 du code du travail français, selon le point de vue, dont, soyons en sûr, les Chinois et autres BRICS puissamment aidés par l’OMC et la Commission Européenne auront tôt ou tard la peau, dérégulation oblige), la masse salariale globale ayant substantiellement fondu au passage, ce qui est toujours bon du point de vue de la productivité et de la rentabilité; sans oublier, comme le soulignent les salariés ce qui justifie leur refus, le fait que les postes proposés n’ayant rien à voir avec la qualification initiale et impliquant une mobilité géographique conséquente, le nombre d’ex-salariés qui trouveront là une opportunité d’emploi sera très faible. 

Toutes considérations économiques et juridiques qui font que la SNCF se dispense ainsi d’un nécessaire plan stratégique concernant le sort d’une filiale à 100% qui aurait impliqué un coût substantiel (mais justifié) et en termes d’images, lui substituant par un tour de passe-passe qui ne trompera personne une économie de 110 à 130 millions d’euros par rapport à son offre initiale devant le Tribunal de Commerce de Paris. 

Sans parler des bénéfices comptables et fiscaux pour cette même SNCF, qu’il faudrait examiner en détail, de la réintégration éventuelle des pertes et de la cessation d’activité de la dite filiale, voire de l’intérêt fiscal en termes de déductibilité de certaines provisions qui ont certainement été passées pour dépréciation d’actif liées au sort négatif de la filiale. Et supposant que la SNCF ne sera à aucun moment attraite en comblement de passif si la liquidation intervient, la question n’étant nulle part abordée, le fait semblant acquis avant même que mandataires et magistrats n’aient accompli leur office consulaire.
D’un mot, du point de vue financier, le naufrage de SeaFrance constitue un magnifique cadeau de Nouvel An pour la SNCF. Bien loin donc de la générosité façade affichée par son dirigeant.

Toujours pas davantage sur la sortie que nous reproduisons ici in extenso, que nous avons du relire par deux fois tant elle est sidérante sur le plan juridique et sur l’arrière plan idéologique qu’elle implique, de Nathalie Kosciusko-Morizet, qui ferait mieux de se taire décidément, mais hélas la chose est impossible puisqu’elle a été choisie comme l’un des (petits) porteurs de la parole présidentielle (Oui, la chose qui s’efface aussi vite qu’elle a été prononcée, et qui ne se contredit jamais, puisqu’elle n’est plus rien sur le plan républicain)

«La SNCF, je pense, sera heureuse que les indemnités chômage, fussent-elles majorées, participent de la création ou du maintien d'emplois plutôt que d'être de simples indemnités chômage Je ne vous dis pas que c'est gagné, mais au moins il y a une chance."

Mme la Ministre de l’écologie à qui l’on devra manifestement rappeler sur un plan juridique donc, que les « indemnités chômage » ne sont pas ici en cause mais les seules « indemnités de licenciement » dont le montant fut un temps envisagé comme surabondé par la faussement magnanime SNCF qui ne savait que trop bien que la manœuvre serait repoussée par les salariés car inacceptable. 

La différence étant de taille, puisqu’une indemnité de licenciement est, par définition, une somme allouée à titre de compensation au regard du préjudice avéré que constitue la perte d’un emploi, alors que les « allocations » chômage (et non pas les « indemnités », Madame la Ministre qui n’y entendez-rien), versées sur la base technique d’un « salaire journalier de référence », l’outil administratif de quantification n’emportant pas modification de la nature juridique de la dite « allocation », sont une somme allouée pour une certaine durée aux salariés privés d’emploi et ayant cotisé en vertu du « contrat d’assurance » qui les lie, eux et les employeurs, au régime de protection social géré paritairement par l’UNEDIC. 

On nous dira que c’est un lapsus. Ce qui n’exempte de rien du tout et ne gomme certainement pas l’intention comme la vision sous-jacentes, au contraire confirmées par l’idée du Chef de l’Etat portée par sa (ses) Ministre et qu’on pourrait résumer ainsi : 

« Après tout pourquoi ne pas demander aux salariés de financer leur propre chômage, leur propre prévention à l’égard du chômage, leur propre reconversion une deuxième fois sur leurs indemnités de licenciement après avoir cotisé une première fois pour cela, au mépris du droit social et des intérêts des salariés, mais pour la plus grande efficacité d’un système qui disloque littéralement le droit social».

Car regardons d’encore plus près : on présuppose ici manifestement et de façon honteuse que les « allocations chômages » sont quelque chose de « mal » ou d’économiquement « malsain », alors même que les salariés peuvent légitimement s’en prévaloir en vertu du contrat d’assurance qui les lie à l’UNEDIC. 

On oppose à cela un schéma dans lequel les salariés qui ne sont par définition pas des entrepreneurs, devraient se voir imposer indirectement par l’Etat, hors donc toute relation contractuelle, de se comporter comme des investisseurs ou actionnaires potentiels avec une indemnité de licenciement qui n’est en soi que la compensation économique d’un préjudice réel, confisquant leur liberté d’agent économique, et dispensant les vrais investisseurs (Louis Dreyfus Armement, la SNCF ou tout autre repreneur ; les banques publiques comme la Caisse des Dépôts et Consignations ou la BEI, nous y reviendrons) de miser sur un projet à des fins capitalistiques de rentabilité. Ce qui dispense également l’UNEDIC d’avoir à prendre en charge, peut-être, le financement des allocations chômages pourtant exigibles. 

On voit bien l’intérêt étendu d’une telle opération : l’UNEDIC prévoyait un excédent de 272 millions d’euros en 2011 ; l’exercice va se solder par une perte de 2,5 milliards d’euros en raison de l’explosion du chômage et malgré les radiations « obscures » pléthoriques (de l’ordre de plusieurs dizaines de milliers par mois). 

On connaissait la théorie de l’emploi à n’importe quel prix à travers l’impossibilité pour les chômeurs de refuser plus de 2 offres de pôle emploi sans motif légitime. Au risque du déclassement devenu désormais quasi systématique, a fortiori quand le chômage est de longue durée ce qui devient la règle. 

On connaissait la propension de l’actuel gouvernement à pousser les demandeurs d’emplois à devenir auto-entrepreneurs avec une exposition juridique maximale soigneusement tue puisque leur patrimoine personnel n’est pas distinct du patrimoine de l’entreprise, mais peu importe puisque ces entrepreneurs là sont responsable de plus de 60% des créations annuelles d’entreprise, quitte à oublier que moins de 10% vivent de cette activité après 2 ans, mais catégorisés ici, ils n’apparaissent plus dans les statistiques du chômage de Pôle Emploi. 

On connaissait la théorie économique et politique culpabilisatrice (il est si facile de faire de la psychologie sociale au lieu de faire de l’économie politique, n’est-ce pas ?) qui n’est pas nouvelle, constamment portée par un autre Ministre, un certain Monsieur Wauquiez qui voulait culpabiliser les allocataires du RSA en les faisant travailler gratuitement 1 journée par semaine (comme c’est le cas en … Hongrie depuis le 1er Septembre 2011 – on voit bien le sens de l’alignement qui ne se fait que par le bas), la proposition ayant finalement débouché sur la récente proposition, adoptée par les parlementaires, de M. Dauberesse d’imposer cette journée, mais rémunérée.

Nous franchissons désormais à travers le cas d’école SeaFrance un pas idéologique et ultra-libéral spéculatif de plus qui consiste, sur fond de culpabilisation et de chantage gouvernemental illégitime, à demander voire à tenter d’imposer à des salariés de se comporter en financiers.

Et qui plus est en mauvais financiers puisque le montant total de leurs indemnités de licenciement surabondantes, pour environ 40 à 50 millions d’euros à supposer que tous participent à la SCOP, ce qui est exclu, aurait servi à investir dans une entreprise sans aucun actif corporel bien qu’elle intervienne dans un secteur d’activité, le transport maritime, dans lequel de tels actifs constituent pourtant par nature une fraction importante des données bilancielles. 

En effet, dans le montage (?) aberrant et odieux envisagé par le gouvernement relevant des mêmes qualificatifs, on admettait comme une chose acceptable que la SCOP ne fasse que louer les navires utiles à l’exploitation à… mais la SNCF bien sûr (le ridicule et l’indécence ne tuant pas semble-t-il) qui aura tout le loisir de réaliser des profits sans aucun risque sur le compte de salariés devenus investisseurs dans une coquille vide qui ne leur sert plus qu’à gagner leur salaire mensuel et leur retraite future! 

Les salariés de SeaFrance ne s’y sont pas laissés prendre, mais on voit bien la gradation, sous la pression de la crise et dans l’affolement gouvernemental, dans la théorisation juridique de la mutation du droit social et du statut du salarié par distinction d’avec celui de l’entrepreneur, sommé de renoncer jusqu’à son statut et à ses spécificités pour devenir un agent hybride culpabilisé et soumis au chantage, qui n’a plus d’autre fonction que de permettre à un système cynique de perdurer. Et ce sans aucun souci réel de la durabilité de l’emploi, de l’équité économique des profits constitués, de la charge du risque économique. 

La Caisse des Dépôts et Consignation et la Banque Européenne d’Investissement ont la faculté, en vertu de leur statut de Banque publique, sans aucune entorse aux règles applicables à la concurrence au sein de l’Union Européenne, de financer par exemple les actifs corporels (les navires) d’une société d’économie mixte à laquelle les salariés interviendraient librement avec une contribution raisonnable au capital prise sur leurs deniers propres, l’appréciation du montant, très modéré, leur revenant. La solution technique existe donc bel et bien.

Les collectivités locales, qui ne savent que trop bien que la mort de SeaFrance signifie la destruction de 880 emplois directs, celle d’environ 800 emplois indirects et l’impact économique associé sur une région déjà en souffrance se sont déclarées prêtes, dès le mois de Novembre 2011, à accompagner ce projet. Leur position n’a pas varié.

Alors ?

Alors « point mort » titre la presse nationale ce soir, après la réunion avec l’humiliant Ministre de tutelle, le triste Monsieur Mariani. Point mort parce qu’il manque 50 millions d’euros au projet de SCOP. 

Seulement 50 millions d'euros en réalité.

Car nous sommes troublés que personne en France n’établisse encore le lien avec les 300 millions d’euros que la Caisse des Dépôts et Consignations, qui pourrait intervenir avec un assentiment plus que favorable de l’Elysée sans encourir les foudres de Bruxelles, a mis à la disposition de l’assureur Groupama pour permettre son renflouement il y a cinq jours à peine.

Deux poids deux mesures : spéculation sur les dettes souveraines et les marchés financiers sanctionnée ici par une largesse de 300 millions d’euros versés sans hésitation aucune, envers un établissement financier en vertu de la nécessité d’enrayer la concrétisation d’un risque financier systémique ; blocage pour 50 millions d’euros là, au-delà des incantations présidentielles sur l’implication de la France, alors que l’on parle d’une filiale à 100% de l’un des fleurons de l’économie nationale, la SNCF, Etablissement Public à Caractère Industriel et Commercial (EPIC) et Holding pesant en consolidé 30,5 milliards d’euro de CA en 2010 pour 697 millions d’euros de résultat, avec un effectif de 241 000 personnes. 

Il va être très difficile de raconter encore longtemps des sornettes aux citoyens français, et de faire ainsi insulte à leur intelligence. Les salariés de SeaFrance, eux, savent déjà. Leur combat étant emblématique.

SeaFrance ou le symbole d’une France qui a perdu tout repère, de quelque nature que ce soit, et foule aux pieds les principes de droit qui structurent pourtant l’espace économique et social de longue date.

SeaFrance ou l’emblème du naufrage collectif dans lequel celui qui se réclamait hier de la figure du capitaine tenant ferme la barre ne gouverne plus rien, tout balloté qu’il est par les flots furieux de la tempête qui secoue la zone euro en général et la France en particulier, avec son incompétent équipage gouvernemental.

On sourira ironiquement de constater que l’histoire ait choisi une entreprise du transport maritime pour révéler tant de failles, de faiblesses, une telle incurie.

C’est peu dire que pour les salariés de SeaFrance comme pour le bateau France, le port de la croissance économique retrouvée, ainsi que la rade de la cohérence républicaine appliquée au travail sont encore loin, très loin, les courants et marées politiques juridiques et économiques et eux seuls, définissant désormais la route.

Les écueils griffant et transperçant déjà la coque du navire dont les compartiments ne sont pas étanches.

On se rappellera accessoirement que l’on célèbrera en 2012 un tragique anniversaire. Celui du naufrage du Titanic. Pour les salariés de SeaFrance et pour cette entreprise, ce pourra être le Lundi 9 Janvier. 

Mais l’Etat français, Lui, a déjà coulé.






jeudi 17 novembre 2011

SeaFrance, Peugot, les voleurs et les assistés


A l'instant. Notification du Monde

Résumons-nous: Peugeot, Société Générale, BNP, SeaFrance. Et tout cela en moins de 3 jours.
Quelle merveilleuse semaine pour la libre entreprise et l'économie de marché!

Pardon? Et les emplois dîtes-vous? 
Mais, vous n'êtes pas encore habitué? Ne vous inquiétez pas, nous trouverons toujours à vous employer de façon gratuite à une tâche au demeurant objective et nécessaire qui justifierait une rémunération. Notre Président vous l'a redit pas plus tard qu'hier lors d'un mémorable déplacement à Bordeaux.

Post Scriptum
Ne tenez pas compte de ses insultes relatives au statut de voleur, de fainéant, d'assisté ou de mendiant de ceux qui ont perdu leur travail ou qui sont malades. Il est en campagne électorale vous savez.



Capture d'écran du site lemonde.fr