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mercredi 8 février 2012

A propos de l'adagio de la Sonate K 576 de Mozart par Claudio Arrau

Instant musical



Un joyau, sous les doigts de Claudio Arrau dont le génie coïncide ici parfaitement avec celui de Mozart, dans une rencontre d'égal à égal (enregistrement de 1983).

Où le temps suspend son vol. 
Où la grâce s'épanouit. 
Où le mystère prend corps à travers des sonorités qu'il dépasse, pour se faire beauté absolue.





samedi 21 janvier 2012

A propos du Moment musical N° 4 de Rachmaninov par Nikolaï Lugansky


Instant musical 


Souffle

Comme une vague qui roule, déferle, se brise, se reprend, roule et déferle encore, sans fin, l'épuisement étant impossible tant l'énergie est puissante, la pulsation féconde. 

Lorsque les mains doivent être vaincues, brisées elles aussi, asservies, pour n'être plus que mouvement à l'état pur, reflétant dans leur dynamique même l'objet révélé.

Lorsque l'idée même d'un certain romantisme doucereux ou mièvre est battue en brèche, la musique devenant possession, force tellurique à l'oeuvre, point de passage vers d'autres forces qui sont comme son véritable horizon;

Lorsque l'idée d'un quelconque "tourment" d'une hypothétique âme enfiévrée devient presque désuète, tant les éléments qui sont ici convoqués avec autorité et détermination ont quelque chose de quasi cosmique;

Lorsque l'hommage rendu à l'instrument est évident, la tension entre le pouvoir de discrimination des sons, des durées, des intensités, des rythmes et l'aptitude du monstre à occuper l'espace sonore qu'il sculpte à travers le talent du pianiste, atteint un paroxysme;

Lorsqu'il s'agit de traduire la complexité féconde et envoûtante d'une inspiration russe entre lyrisme fou et technicité pure;

Lorsqu'il s'agit de toucher du doigt ce que "géant" veut dire, le compositeur rencontrant l'essence d'une certaine "âme", le piano étant l'instrument de cette rencontre virtuose et Lugansky servant ses origines comme l'école qui l'a fait éclore et s'épanouir dans un hommage stupéfiant à l'un de ses maîtres, Tatiana Nikolaïeva, son propre génie, et non pas sa seule virtuosité tant l'interprétation est "intériorisée", habitée, s'affirmant avec intensité et de manière lumineuse;

D'où l'on sort le souffle court, voire coupé; dévasté; presque anéanti d'avoir exploré de tels sommets et de tels abîmes dans un magnifique ensorcellement annihilant presque tout pouvoir de prendre la moindre distance.

On l'on parlera de "possession" sans doute, un autre russe ayant lui aussi exploré avec un lyrisme et une complexité égales dans son domaine, cette même thématique, ce qui n'est pas un hasard.

Où Rachmaninov gomme un "moment", précisément s'agissant d'un "moment musical" le verbe "penser" pour lui substituer la puissance de la "perception", dévoilant la grandeur du terme "sentir" et la faculté d'exploration qui lui est associée.

2:51 de perception musicale pure.




vendredi 20 janvier 2012

Autour de l'Ave verum corpus de Mozart

Instant musical


"Dieu dit: " Que la lumière soit! " et la lumière fut." Genèse 1,3

Coda 

Un K 618 ici dans la magnifique interprétation, toute en intériorité, des Arts Florissants sous la direction de William Christie, l'option de tempo, résolument lente, et la décomposition/articulation subtile et aérienne des pupitres expliquant cela.





jeudi 19 janvier 2012

Face à face, avec Gustav Leonhardt: autour de la cantate BWV 54 de Bach


Pourquoi contenir l'éloge ou la mémoire dans le carcan de l'immédiat après, alors que tout dans l'oeuvre colossale du génie dont on honore le legs ne parle que de durée, d'empreinte définitive, de matrice de la compréhension et de l'interprétation du baroque, de racines, voire de panthéon musical? Ce dont l'idée même aurait sans doute fait fuir l'humble et sublime serviteur de la musique, ce qui ne fait que confirmer la grandeur du musicien comme la noblesse de l'homme au regard de la qualité comme de l'étendue de l'oeuvre léguée.

J'ai choisi la bouleversante cantate BWV 54 de Bach - évidemment Bach, s'agissant de l'un de ses plus grands serviteurs -, "Widerstehe doch der Sünd" ("Fais face au péché") dans laquelle nous retrouvons Gustav Leonhardt à la baguette, et pour la partition initiale d'alto, son complice, j'allais dire son alter ego et l'on verra pourquoi, le contre-ténor Alfred Deller.

Il ne s'agit pas ici de manifester de façon exhaustive l'incroyable richesse de cette interprétation extraordinaire de densité, d'intériorité, d'humanisme; ce concentré admirable de l'art de Leonhardt, un arrière-plan culturel et émotionnel rendus palpables et d'une profondeur sans limite, servant de substrat à une technique instrumentale comme à une lecture vocale révélant jusqu'à l'extase la quintessence de l'intention esthétique et au-delà du Kantor de Leipzig qui composa ce chef d'oeuvre en 1714, il avait moins de trente ans.
Trente ans seulement devrait-on dire tant la maturité est vertigineuse dans l'expression musicale de la souffrance d'un être en proie à l'expérience de la tentation, de la faute, du mal et de la perte de soi, ainsi que la corrélation au mystère de l'incarnation qui se termina sur la croix que l'on sait.

On ne peut être exhaustif pour cette simple raison que des pans entiers de l'art du maître sont ici résumés avec néanmoins une saisissante simplicité : épure absolue de la ligne, conservation de cette épure à l'intérieur de la polyphonie, équilibre parfait des volumes sonores de chaque pupitre en relation avec l'intention textuelle, absence d'artifice presque jusqu'au cri voire à la dissonance dans le travail d'archet et la façon de faire chanter les violons et les violes (I et II dans les deux cas) de telle sorte que la couleur intacte des instruments se déploie pour coïncider parfaitement avec l'émotion recherchée, maîtrise parachevée d'une basse continue jamais forcée qui devient envoûtante comme il se doit, véritable pulsation vitale sous-tendant la diversité des motifs et des intentions associées, façon non pas de déposer la voix sur le tutti mais de créer un lien organique entre ces composantes, et tant de trésors encore que seule une somme ô combien justifiée permettrait de recenser.

C'est peu dire que le génie se manifeste ici dans toute sa pureté.

Gustav Leonhardt "voit" littéralement, Alfred Deller aussi, et c'est ce qu'ils "voient" ensemble et en même temps dans une proximité quasiment gémellaire, sorte d'extase musicale partagée, que l'on entend, la musique passant la musique. Infiniment.

Platon plaçait il y a vingt quatre siècles le "Noûs", "l'oeil de l'âme", faculté suprême, bien au-delà de toutes les autres, et notamment de la "dianoia" ou faculté discursive. Un "Noûs" caractérisé par sa faculté d'intuition. Façon de dire qu'une fois que l'intellect a fait son oeuvre, analysant, décomposant, articulant, recomposant, il cède la place à la "vision intime", sorte de proximité absolue avec l'être.

Or c'est très exactement ce que Leonhardt et Deller font ici. Où tout ce travail rationnel, approfondi, expert de lecture technique de la partition et de son exécution, cèdent la place à une vision de cette oeuvre baroque monumentale. Et comme par miracle, le travail étant oublié, ils nous livrent tous deux un pur joyau musical, une "vision" de ce face à face qui nous submerge et nous laisse comme égarés tant la présence est forte. En écoutant, nous aurons "vu", nous aussi.


La cantate BWV 54 explore de façon lancinante un face à face de l'âme tourmentée avec le mal, le péché, la faute, la mort. Une expérience radicale qu'elle n'est pas assurée de pouvoir supporter, dans laquelle elle peut se perdre même, s'agissant d'une expérience ultime, l'esthétique constituant ici une voie, une propédeutique, une pédagogie de la mystique sans doute, mais pas qu'elle.

Une mystique à laquelle on adhère ou pas, la question n'étant pas là, mais la co-incidence, comprenez la convergence absolue intentionnelle antinomique d'avec le hasard, étant présente pour qui veut en explorer le champ infini.

Où l'auditeur s'arrête où il veut dans cette exploration musicale de l'intimité de l'âme humaine, mais où l'ultime est donné à appréhender si on le souhaite, mystère et grandeur absolue de la beauté incarnée dans la forme contrapuntique et la matière sonore. Leonhardt et Deller constituant des passeurs magnifiques sur lesquels nous pouvons nous appuyer avec confiance et même abandon pour parvenir sans encombre au terme de la cantate, caractérisé par la découverte de la puissance de la pureté qui permet de triompher du mal, l'espérance ayant le dernier mot après la tension extrême de toute l'oeuvre.


Il faudrait parler encore des notes tenues techniquement époustouflantes et d'une intensité dramatique inégalable de 2:00 à 2:11 comme de 7:07 à 7:16 par exemple, véritable exploit vocal compte-tenu de la variation crescendo pour traduire le paroxysme de la souffrance intérieure, la cruauté oppressante du dilemme, le point culminant de la contradiction existentielle face au péché.
Où, là encore, il n'est nul besoin d'adhérer aux présupposés comme à l'anthropologie de la Réforme pour faire directement l'expérience de l'intériorité humaine, la musique devenant par le génie conjugué du maître et du sidéral contralto, une authentique poétique.

Dire de la cantate BWV 54 dans la version de Leonhardt et de Deller qu'elle constitue un sommet de l'interprétation baroque est un pâle euphémisme. On repense à Baudelaire et à "l'homme qui marche à travers des forêts de symboles", les deux musiciens étant familiers de cette symbolique musicale dont ils nous dévoilent la terrifiante et sublime grandeur. Familiers et sur un pied d'égalité, qui à la direction et qui à la voix seule, s'agissant de proposer une lecture à deux voix indissociables qui nous accapare, nous étreint et nous guide dans cet univers sonore complexe et fait de multiples plans.

Faut-il réellement parler encore de musique? Au regard de ce qui précède, la question se pose, tant les dimensions de l'expérience à laquelle nous sommes conviés sont nombreuses, entre esthétique musicale, poétique, métaphysique, existentielle, religieuse. Et voilà sans nul doute pourquoi chacun peut "éprouver" et partager la "vision" des deux géants devenue sienne.

Et pourtant ce n'est que de la musique. Totalement, pleinement, définitivement de la musique, jusqu'à l'absolu, dont on dira, à la façon de Pascal, que lorsque Leonhardt et Deller l'interprètent, "la musique passe infiniment la musique".

Aussi laissons-lui le dernier mot, ou plutôt le dernier son, lorsque la vibration captée par le génie ouvre la voie à la fécondité du beau.

Un beau dont Leonhardt, et avec lui Deller, fut, est, l'un des fils bien-aimé, pour avoir su le servir avec exigence humilité et continuité, afin de mieux le contempler,

Face à face,

Ce à quoi seuls les élus accèdent, nos pas s'en trouvant éclairés.


Belle et sereine écoute à tous!


- Aria -

Widerstehe doch der Sünde,
Fais face au péché,

Sonst ergreifet dich ihr Gift.
Avant qu'il ne te distille ses poisons.

Laß dich nicht den Satan blenden;
Ne te laisse pas aveugler par Satan ;

Denn die Gottes Ehre schänden,
Avoir honte de la gloire de Dieu conduit

Trifft ein Fluch, der tödlich ist.
À une situation qui mène à la mort.



mercredi 18 janvier 2012

Le regard visionnaire d'un géant. In memoriam Gustav Leonhardt



In memoriam Gustav Leonhardt (30/05/1928 - 16/01/2012)

Un géant discret, à la fois musicien-instrumentiste, chef et musicologue de génie à qui nous devons d'avoir non pas seulement exploré mais revisité et surtout compris de l'intérieur pour la dévoiler la musique baroque, sa logique instrumentale, ses canons d'interprétation. 

Un humaniste devenu par son immense culture l'un des piliers de notre conception musicale du baroque. Un paradoxal avant-gardiste soucieux et habité par le respect de cette période ancienne autant que de ce type d'écriture articulé sur un contrepoint exigeant et une polyphonie qu'il lisait en précurseur à partition ouverte.

Un musicien profondément ascétique et d'une rare élégance, doté d'une intelligence musicale fulgurante faite de vision de la structure comme de l'unité profonde des oeuvres (on pense par exemple à ses travaux remarquables sur l'art de la fugue; ou au défi qui consista à enregistrer, à quatre mains avec Harnoncourt, l'intégrale des cantates de Bach, le résultat étant vertigineux d'unité précisément, d'inventivité et de fidélité); de perception analytique de chaque composante, des options rythmiques à la technique instrumentale pure, du choix des instruments à la couleur des voix (qu'on se rappelle sa complicité avec Alfred Deller ou Paul Esswood, cette proximité, cette intimité, avec des contre-ténor n'ayant rien d'accidentel), de la retenue et du contrôle du son à l'expression d'une dynamique jamais forcée venue de l'intérieur, de l'équilibre des voix à la manifestation de la richesse d'une polyphonie complexe.

Ce qui nous rend le maître néerlandais si touchant et intime, c'est sans doute ce mélange d'une sobriété extrême alliée à une forte vibration intérieure, sa musique en devenant prodigieusement vivante. 

Lorsque Leonhardt joue ou dirige, un souffle passe. Et l'on s'enthousiasme (que l'on prendra au sens strict sans doute, du grec ?????s?asµ?? , inspiration ou possession par le souffle divin), à l'écoute de ce démiurge qui sculpte la matière sonore avec sobriété et élan, la forme voulue par le compositeur se re-dessinant avec pureté et dans une variété infinie.

Sans lui, la musique baroque et son interprétation ne seraient pas ce qu'elles sont, d'Harnoncourt à Kujiken, d'Herreweghe à Koopman ou Hogwood, les générations héritant sans discontinuité de ce legs musical structurant unique et définitif. 

Tous ceux qui interprètent, aiment, enseignent le baroque tournent donc la dernière page de cette partition fondatrice, l'art du baroque en musique étant néanmoins plus vivant que jamais, pour une large part grâce à Leonhardt. 

Nous devons aussi à Gustav Leonhardt une extraordinaire liberté, loin de toutes les chapelles, de tous les ghettos et de tous les dogmatismes sur le sujet. Car pour avoir toujours été ascétique dans ses interprétations, le musicien fut aussi merveilleusement lyrique (qu'on repense à sa façon si ample, si belle, de faire chanter chaque ligne à l'intérieur de la polyphonie). 

Gustav Leonhardt ou comment refuser de choisir entre rigueur et liberté, les deux étant nécessaires à l'expression du beau en musique, à l'âge baroque. 

Nous terminerons ce bref hommage avec son interprétation de la Cantate BWV 180 de Bach. 
"Schmucke dich, o liebe Seele", "Sois belle, toi, ô ma chère âme".

Une cantate dont le livret traduit cet élan de l'âme qui se fait belle, parce que désirante et aimante, pour Celui vers lequel elle va, abandonnant la noirceur de l'enfer de ce monde, et gagnant la clarté qui est son refuge et son élément ultime. 

Une intention que Bach traduit avec un lyrisme fou, le Choral introductif étant comme une vague que rien n'arrête, un souffle qui se prend et se reprend dans le mouvement sans cesse relancé de chacun des pupitres et du tutti qui le soutient et lui donne la réplique, les vents (flûte I et II; hautbois I et II) introduisant une légèreté aérienne permettant et symbolisant l'élévation. 

Un choral comme une aspiration irrépressible vers la beauté. 

Gustav Leonhardt apparaît ici tel qu'en lui-même: d'une grâce infinie, d'une subtilité sans bornes, toute technique - ô combien éprouvée pourtant dans la couleur, l'intensité, la clarté, l'équilibre, la diction - étant comme intégrée, dépassée, sublimée, de telle sorte que seule la musique demeure, le chant de cette âme éprise de Lumière nous touchant au coeur et nous emportant dans son mouvement merveilleusement élégant, divinement simple, formidablement confiant.

Une cantate BWV 180 et un Choral qui ressemblent beaucoup au maître en réalité, que nous remercions de nous avoir fait emprunter avec tant de constance, d'inspiration et d'esprit visionnaire ce si joli chemin vers la clarté d'une musique baroque lumineuse, toute son oeuvre continuant de nous éclairer. 

D'avoir éveillé et habitué notre regard à la clarté d'une musique qui se mérite, mais sans jamais aucun élitisme malgré l'immensité de votre culture,
D'avoir tracé puis ouverte la voie vers la contemplation d'un certain ordre du monde à travers une musique qui constitue à elle seule un ensemble complexe de symboles,
D'avoir fait de la revisitation du baroque un espace de conquête que nous n'avons pas fini d'explorer, vos élèves et complices directs étant eux aussi des géants,
D'avoir montré à quel point la docilité à une forme pourtant terriblement contraignante, le contrepoint, pouvait aussi inaugurer un espace de liberté et de créativité sans pareil,
D'avoir pointé les trésors pour l'avenir que sont les instruments du passé et les techniques d'exécution associées quand ils ne s'enferment pas en eux-mêmes mais portent le souffle créateur du compositeur,

D'avoir ainsi à travers tout cela et sans que le mouvement y soit limité, su élever nôtre âme et faire grandir notre écoute,

De nous avoir donné tant de bonheur musical et enseigné l'exigence libératrice qui permet d'y parvenir par nous-mêmes, la musique baroque étant autant une partie (une période, un mode) de l'art musical qu'un art de vivre et une façon d'exister et d'être présent au monde,

D'avoir fait résonner sous nos cieux à travers cette musique baroque tant aimée un autre chant du monde dont le souffle venu d'hier nous porte avec plus d'assurance et de lucidité vers demain, ce qui est la part de tous les grands fondateurs,

Merci, Maître. 


Cantate BWV 180 - Choral (Soprano, Alto, Ténor, Basse)

Schmücke dich, o liebe Seele,
Pare-toi, ô chère âme,

Laß die dunkle Sündenhöhle,
Quitte le sombre trou du péché

Komm ans helle Licht gegangen,
Viens dans la lumière éclatante,

Fange herrlich an zu prangen;
Commence à briller glorieusement ;

Denn der Herr voll Heil und Gnaden
Car le Seigneur, plein de salut et de grâce

Läßt dich itzt zu Gaste laden.
T'a convié maintenant comme invité.

Der den Himmel kann verwalten,
Lui qui peut régner sur le ciel

Will selbst Herberg in dir halten. 
Voudrait trouver sa demeure en toi.



mardi 17 janvier 2012

A propos de la Flûte enchantée par Samuel Ramey, Basse

Instant musical
(Publié initialement sur Facebook, sous la forme d'un "statut", d'où l'ellipse)

(Il/Je)

Vous invite, pour ce début de soirée, à une sublime et enchanteresse évasion musicale et mythologique.

Avec l'aria "O Isis und Osiris" extraite de "Die Zauberflöte" Acte II scène I du génial salzbourgeois. Ici dans l'interprétation de Samuel Ramey, une basse de toute beauté experte dans Mozart et Haendel, faisant par ailleurs merveille dans les rôles des méchants du répertoire dramatique.

Il déploie ici son talent avec l'Academy of St Martin in the fields sous la direction de Sir Neville Marriner. 

Ecoutez, les dieux vous parlent, sur fond de Choeur des Prêtres, Mozart entrouvrant la porte des cieux avec une grâce et une magie ineffables qui sont la marque de cette oeuvre anachronique, fantasmagorique, puissante et inspirée.

Belle soirée à vous tous!



jeudi 12 janvier 2012

Telemann, Bach, Vivaldi et Haendel

Instant musical


Vous ne pourrez sans doute pas vous empêcher de penser au BWV 974 de Bach en entendant les toutes premières notes. Ou encore de trouver Telemann bien italien, ce qui se justifie ô combien, pour un concerto pour 4 violons si singulièrement vénitien, les 4 Saisons hantant littéralement l'oeuvre. Ou encore de songer à Haendel et à ses concerto grosso, ce qui est un tour de force au regard de l'absence de basse continue.

Harnoncourt (Mme, Alice) à l'un des violons; et Harnoncourt (Mr, Nikolaus) à la baguette, avec "sa" formation, fondée en 1953, le Concentus musicus de Vienne.

Ciselé, ascétique, équilibré, expressif.

Parfait.

Belle écoute!








lundi 9 janvier 2012

A propos du motet "Omnes gentes plaudite" de Palestrina par l'Ensemble Officium

Instant musical



Que diriez-vous de prendre un peu de hauteur et de laisser entrer la joie?

Avec un splendide motet à 8 voix de Palestrina, dont le texte est en soi une invitation explicite à la louange universelle.

Un motet porté par les voix du remarquable "Ensemble Officium" (http://www.ensemble-officium.de/french.html pour le découvrir davantage). Une formation qui fait merveille dans la musique de la Renaissance, distinguée notamment dans et par ses interprétations de Palestrina, avec un chef, Wilfried Rombach, qui dispose également d'une grande culture du chant grégorien, ce qui s'entend notamment dans la coïncidence parfaite opérée entre le son et le mot jusqu'à la syllabe.

On goûtera ici la superbe expressivité associée à une intensité à la fois grande et parfaitement maîtrisée liée à l'amplitude de chacune des voix, à leur limpidité, à l'extension des tessitures, à la sobriété extrême de l'interprétation des ornementations, à la recherche d'une proportion parfaitement contrôlée de chaque registre, à la subtilité des altérations, à l'éclat apporté à la valorisation du texte latin (que je vous propose en version originale intégrale ci-après, pour un plaisir linguistique et sémantique augmentant d'autant la satisfaction esthétique musicale, s'agissant du psaume 46).

Le résultat est une polyphonie a cappella incandescente, non pas seulement brillante mais lumineuse, jamais maniérée et d'autant plus évocatrice, d'une divine simplicité malgré (grâce à, et c'est là toute la grandeur de la multiplicité dans l'unité qu'incarne cette forme musicale) la complexité extrême liée au décalage parfois très important des voix par moment résorbé sur 2 syllabes seulement, qui porte infiniment haut la louange et l'exultation évoquées. 

Une interprétation exceptionnelle d'une oeuvre jubilatoire.

Belle écoute !

Omnes gentes, plaudite manibus:
iubilate Deo in voce exsultationis.
Quoniam Dominus excelsus terribilis:
rex magnus super omnem terram.
Subiecit populos nobis;
et gentes sub pedibus nostris.
Elegit nobis haereditatem suam;
speciem Jacob quem dilexit.
Ascendit Deus in iubilo:
et Dominus in voce tubae.
Psallite Deo nostro psallite;
psallite regi nostro psallite.
Quoniam rex omnis terrae Deus:
psallite sapienter.
Regnavit Deus super gentes:
Deus sedet super sedem sanctam suam.
Principes populorum congregati sunt
cum Deo Abraham: quoniam dii fortes
terrae vehementer elevati sunt.

Psaume 46





vendredi 6 janvier 2012

A propos de l'andante du concerto K 453 de Mozart par Jeno Jando

Instant musical


Est trop éreinté pour faire appel sans limites à Calliope, Melpomène voire Thalie Clio ou Polymnie, afin de tenter humblement de les séduire de telle sorte qu'Erato, Terpsichore, Euterpe et pourquoi pas Uranie (la musique des sphères, n'est-ce pas), dans un harmonieux ballet passant outre leurs grâces spécifiques, puissent exprimer à travers cette perle de collegium d'interprètes, je veux dire le pianiste hongrois Jeno Jando et le Concentus Hungaricus, sous la direction de Matyas Antal, découverte il y a peu, toute la beauté de ce second mouvement du concerto pour piano N° 17 K 453 de Mozart.

Vous a retrouvé ce matin avec l'andante d'une symphonie en ut majeur du génie qui n'est pas autrichien mais salzbourgeois, comme il aimait à le dire de lui-même, ce qui n'est en réalité pas du tout qu'une élégante plaisanterie, tant le géant a su inventer un style qui emprunta le meilleur du brillant esprit viennois d'alors sans y sacrifier une profondeur et une élévation métaphysiques et sublimes qui sont sa marque.

Confirmera donc ce soir cette harmonie, vous quittant avec un autre andante, d'un concerto en sol majeur celui-là, qui a en commun avec le premier une merveilleuse expressivité, une ligne mélodique et harmonique d'une très grande pureté (qu'on écoute par exemple l'entrée bouleversante du hautbois auquel la flûte puis le basson viendront offrir un splendide contre-chant, la nappe des cordes supportant ce gracieux déploiement sonore jusqu'à l'entrée du piano, presque immatérielle et d'emblée infiniment subtile, à 1:55). 

Un 17ème concerto entre paix et inquiétude, la constante étant structurelle chez Mozart, avec une éblouissante utilisation d'un mode mineur inquiétant, obscur et presque angoissé, exactement la même que celle qu'on retrouvera un an plus tard, en 1785, dans ce qui est certainement la clé de voûte de l'édifice pianistique mozartien, le 20ème concerto K 467 en... ut majeur (Comme tout cela est logique quand on y regarde de très près, qui explique si bien la profonde unité de nos perceptions intimes et émotions musicales).

Espère que vous goûterez le même plaisir raffiné et intense à retrouver ce Mozart là, comme à réentendre et peut-être découvrir cette formation et ce pianiste, Jeno Jando, je répète son nom à dessein tant la Hongrie qui s'est vue placée à son corps défendant sous les feux de l'actualité pour de mauvaises raisons dont j'ai parlé Lundi sur ce mur, mérite mieux dans l'excellence de sa culture que les vociférations d'un indigne politique. 

Un pianiste qui a joué avec les plus grandes formations au monde et dont l'extrême retenue associée à une exécution presque ascétique enveloppée dans une présence émotionnelle forte, fait ici merveille pour exalter la délicatesse de l'envoûtante esthétique musicale de l'andante de ce concerto légendaire. 




Mozart, Beethoven, la paix et le destin

Instant musical



Lorsque Mozart voulut, dans un Andante d'une beauté, d'une suavité et d'une tendresse inouïes, au milieu d'une Symphonie, la 41ème et dernière ce n'est pas un hasard, symbolisant la puissance des forces du destin à l'oeuvre (d'où le nom de "Jupiter" qui lui fut donné bien après par JP Salomon), traduire ce qui ressemble à la paix intérieure d'un être en mouvement qui naît et fleurit par-delà la contradiction et les tensions surmontées.

En ut majeur, elle fut achevée en 1788. Un an plus tard, la révolution que l'on sait éclata. Beethoven composa sa propre Symphonie du destin, la 5ème en ut mineur en 1805. On voit dans ces convergences à quel point les musiciens visionnaires et géniaux étaient imprégnés de la quête d'un humanisme moderne.

Il faudrait explorer plus avant les correspondances entre cet Andante et l'Andante con moto de la 5ème de Beethoven (http://youtu.be/EQIVWhKhwPA), la communauté d'inspiration musicale et de sens étant troublante, par delà la différence des écritures musicales et des styles.

On retiendra ici, par souci de concision, le lyrisme extrême concentré sur une écriture croisée des violons et violoncelles très aboutie; une composition qui se déploie entre deux pôles, d'où la dramaturgie interne de l'opus, entre peur, obstacle, affrontement et, ce dans quoi tout se résout en définitive, paix et félicité d'une âme comblée d'être soi.

Une âme prête pour Beethoven, à la fin de son andante con moto, à affronter la suite d'une chronologie qui réserve d'autres luttes; et pour Mozart, soucieuse de retenir encore un peu ce temps dans lequel la plénitude tant espérée et si merveilleusement trouvée occupe tout le champ de la pensée et du désir.

C'est dans la version de Trevor Pinnock à la tête de l'English Concert que je propose de faire ce magnifique voyage esthétique. Une formation baroque conduite par un chef au faîte de son art, toute en intériorité, en élégance, en retenue, pour une expressivité totale qui rend palpable chaque nuance de la partition comme de l'intention émotionnelle mozartiennes.

Une interprétation qui, pour n'être pas celle des grandes formations symphoniques, véhicule dans son intimité et la perfection du contrôle du son, du phrasé, du timbre, toute la densité secrète de cette oeuvre crépusculaire et pourtant tournée vers l'avenir absolument sublime.

Belle écoute !




jeudi 5 janvier 2012

En écoutant la 30ème sonate pour piano de Beethoven par Murray Perahia

Instant musical

(En écoutant l'andante molto cantabile ed espressivo de la Sonate pour piano N° 30 de Beethoven interprétée par Murray Perahia. Enregistrement public lors d'un concert au Concertgebow d'Amsterdam donné le 22/06/2003)

Un sommet pianistique, architectural, rythmique et expressif, celui de la 30ème sonate pour piano.

Sous les doigts virtuoses et subtils, et à travers le prisme émotionnel bouleversant du grand Murray Perahia.

Il est difficile de faire plus "andante molto cantabile ed espressivo" que ça.

Laissez-vous envelopper, attendrir, porter, soulever, dérouter, envahir, traverser, transporter avec bonheur.

Tout ici "chante" dans une ligne qui se déploie dans une inventivité permanente, avec une grâce infinie si empreinte de douceur, de force, de passion tout à la fois.

Quand Beethoven réinvente le rythme et la construction (avec une fugue magnifique en hommage à Bach à partir de 4:16, mais complètement revisitée) tout en favorisant l'élan, le mouvement, la création instantanée, et que Perahia emprunte ces chemins inédits là, tout nous parle de vie, de pulsion originelle, d'évolution créatrice de soi, de plaisir d'exister.

Que pourrions-nous désirer de plus que de nous inventer nous-mêmes en laissant chanter la musique en nous?





mardi 3 janvier 2012

La Seconde Leçon des Ténèbres de Couperin par Alfred Deller

Instant musical


Entre lamentation, mélancolie, angoisse existentielle, cruelle espérance, paradis perdu, foi tout à la fois fragile et puissante. Le contre-ténor de génie cheminant avec une aisance technique et une densité émotionnelle stupéfiantes dans ce labyrinthe sonore et expressif. Cet enregistrement de 1960 étant d'une modernité saisissante.

Si je devais, là maintenant, utiliser un terme, un seul, pour qualifier cette interprétation, je dirais: immatérielle.

La voix ne chante pas les notes, elle les caresse, les effleure, les flatte, les habite un instant -mais quel instant! - comme une âme qui ne s'épuiserait pas dans la matérialité de son propre corps. Voilà sans doute pourquoi Deller peut explorer chaque intention esthétique distincte au sein d'un ensemble musical pourtant très complexe avec autant d'inspiration et de présence.

Et l'on passe, en effet, grâce à lui, selon le voeu de Couperin, des ombres aux rayons. Nous détournant de cette Jerusalem terrestre détruite vers l'autre, céleste, sur laquelle le temps et sa noirceur n'ont plus de prise.

Lorsque Deller interprète Couperin, on n'écoute pas seulement de la musique. On fait aussi une expérience mystique. Ce qui est un merveilleux privilège.

Belle écoute!



lundi 2 janvier 2012

Lise de la Salle entre fulgurance, passion et intériorité

Instant musical


Vous avez 52 minutes devant vous?

Alors je vous invite à partir pour un merveilleux voyage pianistique avec Lise de la Salle, ici aux prises avec un récent programme de tout premier plan.

Ne parlons pas de la technique pianistique, parachevée, fulgurante par moment. Et laissons-nous porter par une maturité expressive saisissante pour une si jeune interprète (qui compte néanmoins déjà à son actif de très grandes collaborations et de très beaux enregistrements).

Qu'il s'agisse des traits lyriques ou des passages de pure virtuosité; des opus (ou passages) ou la structure prime ou ceux dans lesquels la couleur sonore prévaut; des temps où il s'agit de révéler la puissance symphonique du piano ou de ceux lors desquels la puissance évocatrice intime doit l'emporter, l'intériorité comme la richesse émotionnelle sont présentes; la palette sonore est d'une variété et d'une extension exceptionnelle; la maîtrise des variations d'intensité est parfaite; la dynamique est rare.

Rien ici n'est gratuit. Rien n'est artificiellement agencé. Le sens de la ligne est très développé, autant que celui de la nuance et du timbre. Et l'on est conduit par la pianiste avec une sûreté stupéfiante dans un univers sonore d'une grande complexité qui est apprivoisé et nous est offert avec, simultanément, une grâce subtile et un tempérament pianistique de feu.

Lise de la Salle aime passionnément son instrument, et se prête ici autant à un magnifique exercice de révélation des oeuvres que de manifestation de la richesse intrinsèque du piano. Elle n'ouvre pas des horizons; elle ne révèle pas des perspectives: elle explore des univers sonores dont cet instrument là est, sous ses doigts et à travers le prisme de sa pensée artistique, un passeur unique.

On est sort fasciné, subjugué, et presque épuisé, mais comblé, d'avoir parcouru autant de mondes sonores avec autant d'intensité.

Superbe.
Non, pas superbe. Sublime!

ps: et si vous n'avez pas 52', programmez-les!... Ou effectuez quelques petits sondages et vous constaterez à quel point il est urgent de les prendre...





dimanche 1 janvier 2012

Emma Kirkby et Monteverdi

Instant musical



Rien de tel que l'exploration des sources pour ancrer l'avenir. 

A fortiori lorsqu'elle est animée par des artistes comme la soprano Emma Kirkby, éminente spécialiste et talentueuse interprète de la musique ancienne. Ici dans le répertoire de Monteverdi qui lui est moins connaturel, mais où son approche "anglaise" fait néanmoins merveille.

Et si vous souhaitez en savoir davantage sur Emma Kirkby, il suffit de suivre ce lien vers Wikipédia ou celui-ci vers son site



jeudi 22 décembre 2011

Aria pour un Noël




Et de partout ou presque
De petites étincelles
De bonté, de générosité,
D'humanité

Et de partout ou presque
De petites perles
De tendresse, de douceur,
De bienveillance

L'homme a-t-il donc besoin
A ce point de renaître?

On criera:
"Aux marchands!"
Ricanera:
"Mais quel Dieu?"
Moquera:
"Faisons vite!"
ou bien
"vous y croyez?"
Soupirera:
"A quoi bon?"

Mais qu'importe!

Le regard des enfants
Le rêve encor immaculé
Et les choses parées
De l'habit du désir
Le rouge est sa couleur
La magie son écrin

La lumière en partage
La trêve pour un instant
Fût-ce un instant seulement

La mémoire faite vie
Le monde qu'on veut beau
La main qu'on veut tendue
Le pardon qu'on veut franc

Le temps qu'on veut heureux
La joie qu'on veut diffuse
La paix qu'on veut sincère
L'espoir qu'on veut debout

Toutes choses irréelles
Un quelconque autre jour
Mais que l'on fait ainsi
Parce qu'on l'a voulu
Et c'est bien, et c'est beau,
Même un instant seulement
Et qu'importe demain!


Bien sûr,

La solitude
La souffrance ou la mort
Le froid, la faim peut-être
La bête derrière l'homme
La famille dispersée
Anéantie peut-être
La morsure du manque
La peine qui étreint
L'abus qui détruit tout
Le souvenir cruel
Le mensonge assumé
Et toutes ces laideurs
Qui nous collent à la peau

Ne pas les ignorer
Faire ce que l'on peut
Les soulager peut-être
Les suspendre un instant,
Fût-ce un instant seulement
Avec humanité

Le temps de retrouver
Loin tout au fond de soi,
Ils étaient effacés,
Et si près cependant
Les enfants sont passeurs,
Leur sapin est symbole
Leur crèche aussi peut-être
Ou le clair chandelier,

La confiance en la vie,
Le regard embué,
L'espérance du bien
La grandeur du don
La puissance des liens
Les vertus du sourire
La force de la source
La douceur de l'être
Lorsqu'il est partagé

Le parfum d'innocence
Que la vie nous fait perdre
Mais auquel on tient tant
D'avoir été laissé
Un jour, mais où et quand était-ce?

Et de renaître ainsi,
Fût-ce pour un instant,
Mais un instant fécond
Car c'est bien ce qui compte
A ce qui nous fait homme,
Ce qu'on appelle bien, ou grandeur, ou bonté
Qui n'est que de partage et de vie échangée
Par delà les objets
A l'intime des êtres

Noël nous ramène à cette vérité.


Joyeux Noël à tous et à tous ceux que vous portez en vous et autour de vous, mes amis!




lundi 19 décembre 2011

Beethoven, CM Giulini et l'homme face à son destin

Instant musical

(Initialement posté sur Facebook. D'où l'adresse à des amis virtuels)

C'est avec la figure de l'homme qui se relève, fier, dans ce IVème mouvement de la 3ème Symphonie, de pouvoir affronter son destin, d'abord hésitant puis de plus en plus fort, après les ténèbres de la "Marcia Funebra" du 2ème mouvement, que je vous laisse, mes chers amis.

Où Beethoven explore toute les possibilités musicales offertes par un orchestre symphonique pour manifester les hésitations, les incertitudes sondées une à une (comme les thèmes de la 9ème, explorés un à un puis rejetés), puis le chant du coeur qui précède les pas, puis l'allégresse, puis le cri jeté à la face du monde de la part d'un être -l'homme, nous- qui, pour être brisé parfois, fragile et même apeuré souvent, décide de braver le temps, ses craintes, l'énigme que constitue l'avenir pour affirmer son vouloir.

Schopenhauer a écrit "le Monde comme volonté et représentation" en 1819. Beethoven a composé cette 3ème Symphonie entre 1803 et 1804. Ce n'est sans doute pas un hasard.

L'humanité, alors aux prises avec de terribles guerres notamment en Europe et traversée par l'idéal révolutionnaire, semblait pourtant trouver en elle la source et la justification de son propre pouvoir, hors toute transcendance ou incarnation de cette dernière.

En cela, le "héros" beethovenien de cette symphonie "héroïque" est à la fois résolument romantique et moderne dont le vouloir concentre toutes les forces de la vie qu'il ne faut pas aller chercher ailleurs qu'en elle-même.

Voilà peut-être aussi pourquoi un sentiment étrange et indomptable de puissance nous envahit face à cette oeuvre symphonique dans laquelle chaque pupitre porte sa part d'énergie incroyable et de lumineuses étincelles, le tout s'en trouvant investi d'une force que rien ne semble pouvoir domestiquer ni arrêter.

Rien sauf peut-être la baguette du chef qui doit contrôler cette puissance et cette explosion sonore permanente.

Ce que Carlo Maria Giulini exécute ici de façon saisissante à la tête du Philharmonique de Los Angeles.

Une interprétation puissante mais parfaitement maîtrisée, ciselée, nuancée à l'extrême, d'autant de couleurs que Beethoven a pensé de postures de cet "homme debout" face à son destin. Avec, constant, un double souci de l'exaltation de chaque partie et de l'harmonie comme de l'équilibre du tout. Car toutes les forces de cet homme fait musique par la grâce du génie de Beethoven sont tendues vers ce but: la liberté et la vie. Ce dont Giulini réalise une bouleversante incarnation.




dimanche 18 décembre 2011

Comme un hommage du Fado a la Saudade

A l'écoute

(Le lendemain du décès de Cesaria Evora, Diva aux pieds nus, Reine de la saudade à qui nous avons consacré un billet sur ce blog en Novembre dernier sous le titre "En écoutant Besame mucho par Cesaria Evora" ) 

Capture d'écran du site leparisien.fr

*

Pour deux reines qui nous emportent si loin sur les rives de la nostalgie, du bonheur perdu et du désir dans un même geste vaincu et triomphant.

Merci de nous avoir appris ce que désirer veut dire, Mesdames, qui n'a rien de simple et encore moins de béat. Notre temps en a tellement besoin.

Et que les langueurs Atlantiques continuent de vous bercer vous aussi, la-bas sur la crête d'une vague ou sur la barque qui revient au port, votre voix se mêlant sans fin au chant du monde, entre ténèbres et lumière, dans une tristesse superbe qui dit si bien notre humaine condition.

Nous ne vous oublierons pas. Ce serait nous perdre nous-mêmes définitivement dans un passé que tout chez vous nous donne a apprivoiser, y compris lorsqu'il faut conjuguer au futur et que tout y est trouble encore mais que la joie peut habiter.
Il n'en est de plus belle que celle qui fleurit sur la désespérance, comme tout chez vous nous le fait méditer.








Cliquer sur l'image pour Lire l'article "En écoutant Besame mucho" par Cesaria Evora




samedi 17 décembre 2011

Matin d'avant Noël avec l'Ave Verum Corpus K 618 de Mozart

Instant musical



Tout l'art de Mozart: une sublime (divine?) simplicité.

Pour un froid Samedi de Décembre d'après tempête.
Alors que les yeux des enfants émerveillés sont tournés vers Noël si proche désormais.

Ou l'on voit, sent, vibre, s'ébranle, pleure peut-être même, entrant dans un tel univers sonore de paix, de douceur et de serenite.
Comme une caresse ou un regard d'une infinie tendresse qui sauverait définitivement de tout ce qui est laid ou mal ou cruel.
Comme une réponse évidente et insondable à toute interrogation.

Où la matière sonore devient elle-même vie.
Où l'on peut s'abandonner, d'être ainsi protégé de tout.

Ici sous la baguette de l'infiniment subtil Riccardo Muti, à la tête du Philharmonique de Berlin avec le Chœur, admirable de cohésion, d'intensité et de finesse, de la Radio Suisse Romande.

Beau, doux et paisible Samedi à vous tous mes amis, et à vous aussi, cher lecteur!





jeudi 15 décembre 2011

A propos de l'interprétation de l'Allegretto de la 7ème symphonie de Beethoven par Furtwängler


Furtwängler, l'un des plus grands sinon le plus grand spécialiste des symphonies de Beethoven de tous les temps (ce qui ne sera pas faire offense par exemple à Karajan qui fut l'un de ses disciples spirituels). Aux prises ici avec l'Allegretto de la VIIème du Géant.

Où l'on se concentrera sur le Chef d'Orchestre.

Tout l'art du maître est là: vision globale de l'oeuvre en même temps qu'un sens inouï du détail, manière de faire chanter chaque pupitre de façon magnifiquement claire, maîtrise parfaite de la couleur de chaque instrument qui permet de faire ressortir le motif à partir du travail orchestral sur la couleur et non pas sur l'intensité sonore, tension, densité, lyrisme, maîtrise absolue d'un tempo structuré autour d'infimes variations dans un ensemble d'une rigueur parachevée qui font toute la dynamique de l'interprétation de l'opus, refus du brillant gratuit, et par extension mise en retrait totale de l'orchestre et de son chef au service complet de l'oeuvre.

Furtwängler avait ici sous sa direction certainement l'une des trois plus grandes formations symphoniques au monde d'alors, avec l'Orchestre Philarmonique de Vienne. On comprend aisément que tout contribue à ce que l'interprétation relève du sublime.
Deux illustrations de cela parmi de nombreuses: la grandeur bouleversante de l'exposé du thème par les violons, vertigineux d'intensité, de densité et d'expressivité à 1:00, et la beauté sidérale des pizzicati à partir de 8:43 avec un sommet à 9:00 qui sera tenu jusqu'à la fin.

Tout Furwängler est dans ces quelques notes: créer un volume sonore avant tout chargé de sens et ample (délié) indissociable d'une dimension expressive majeure, en concentrant l'effort sur l'exécution du pincement des cordes qui doit être parfait parce que Beethoven a voulu que l'expressivité vienne de là. Ce qui est en soi contre-nature, puisqu'une corde pincée produit par définition moins de volume sonore qu'une corde frottée. Et pourtant, la perfection de l'unité de l'exécution ainsi que celle de la qualité du geste technique des violonistes exigées par le maître fait merveille: la matière sonore se répand, enveloppant tout l'orchestre et habitant le silence avec intensité.

Résoudre l'équation globale en travaillant de façon parfaite le détail. Tel est le sceau de Furtwängler. Et l'intention beethovenienne ressort pleinement, s'agissant de manifester l'énigme faite de pointillés sonores qui conclut un Allegretto placé sous le signe de l'espoir vaincu, avant le 3ème mouvement qui fera place à l'espoir qui renaît.

Car, il ne faut pas l'oublier, nous sommes dans une symphonie dans laquelle le thème du destin, central dans la symbolique symphonique de Beethoven, est omniprésent. D'où l'importance pour le Chef de traduire avec une grande clarté à la fois la persistance des thèmes récurrents et la spécificité des inflexions de tous ordres. Ce en quoi Furtwängler réussit admirablement.

Un point encore: L'enregistrement est public. Vous y percevrez quelque chose de particulier et d'indéfinissable sans doute (et pas seulement les bruits qu'on oublie vite). La raison en est peut-être que c'est l'un des tous derniers concerts de Furtwängler sinon le dernier. Nous sommes le 30 Août 1954; il décédera le 30 Novembre 1954.

Il est ici au sommet de son art, et pour une symphonie entre crépuscule et lumière; un mouvement entre marche funèbre et espoir; Furtwängler distille quelque chose qui relève de la synthèse accomplie, et du regard apaisé qu'on pose sur le monde quand on sait que tout est écrit désormais.

C'est peu dire que cette interprétation est sublime. Et l'on comprend pourquoi elle est de référence, sinon, répétons-le, "la" référence.




jeudi 8 décembre 2011

Bach et la Joie, autour de la Cantate BWV 147




Pour qu'il ne soit pas dit que les spasmes comme les convulsions du monde, une certaine laideur étalée, l'ignominie ou l'indignité, la souffrance et la peine - celle des individus ou celle des peuples- ont le dernier mot.

L'art donc contre la finitude, et ici l'esthétique musicale, pour toucher à l'essence. Platon avait décidément cerné au plus près ce qui est en cause lorsque les merveilleux aventuriers du Beau se transforment en magiciens de l'âme.

Et le Bach du Choral "Jesus bleibet meine Freude", celui de la joie enveloppante qui marque la réconciliation de l'humanité avec elle-même, celle de l'homme avec soi, par delà tous les doutes et les affres, dans une confiance et un abandon empreints d'une immense sérénité. Le sublime rendu ici accessible pouvant absolument se passer de verticalité religieuse.

Chacun connait cet hymne. Ici dans cette la version absolument remarquable de Laurence Equilbey à la tête de la formation Accentus.

Majestueux sans être théâtral; expressif à l'extrême sans être grandiloquent; intense sans être pesant; intime, délicat, lumineux.

Lumineux comme la joie éclaire un regard d'enfant qui vous aime et qu'on aime;

Lumineux comme la joie qui fait que les pleurs troublent le regard lorsque l'on accède à quelque chose d'infiniment beau, qui appartient à la nature ou à l'humanité peu importe, que tout s'en trouve exalté, et que c'en est presque trop, d'où les larmes. De joie, précisément;

Lumineux comme la joie qui transporte d'avoir retrouvé l'être aimé qu'on croyait disparu, la paix qu'on croyait perdue, l'insouciance qu'on croyait égarée, la paix du corps qu'on croyait effacée, la mémoire qu'on croyait dissoute, la vie qu'on croyait dissipée.

Lumineux comme la joie qui façonne ce chant de l'âme qui s'élève alors et que rien ne semble devoir arrêter. Cette âme qui dit la joie, et qui devient elle-même joie.

Bach aura su capter avec une subtilité infinie cette mélodie à la fois intime et transcendante qui nous habite ainsi parfois.
Laurence Equilbey, ne forçant jamais le trait (l'équilibre des voix, claires, rondes, douces, est admirable; le chant de la trompette, contenu, est fusionnel; celui des hautbois est bouleversant de délicatesse et d'expressivité; la polyphonie est d'une rare élégance; les violoncelles se font aériens; les violons se font soyeux, qui semblent caresser le motif pour le décrire dans ses courbes. Tout est harmonie)- sait ici revisiter l'opus en explorant avec une grande intelligence musicale et émotionnelle, cette joie d'autant plus précieuse sans doute qu'elle ne nous habite que par instants.

Des instants lumineux.