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mardi 3 janvier 2012

Financement des dettes souveraines: le juste prix


Chose lue. 

A propos de la crise de la zone euro et du financement des dettes souveraines.

(Suite à lecture d'un article publié sur le site du Monde sous le titre "Pourquoi faut-il que les Etats payent 600 fois plus que les banques ?" sous la plume de Michel Rocard et de Pierre Larrouturou dans lequel est exposée la faculté pour la BEI et la CDC de financer les dettes souveraines à un taux proche de 0,1%, soit 600 fois moins que le taux actuel, celui-là même qui aura été octroyé dans les faits aux banques lorsqu'elles furent exposées à la crise de 2008. Et ce sans aucune modification des traités en vigueur, ce qui permettrait de faire face avec rapidité, efficacité et équité à la crise de la zone euro. Sans compter l'intérêt pour ce qui est de retrouver de façon immédiate des marges de manoeuvre pour faire face à la récession dans laquelle ladite zone est entrée) 


Le diagnostic est sûr (y compris sur l'exemple de l'excédent primaire Italien, et sur l'hyper-récession désormais quasi inévitable). Les solutions sont réalistes, accessibles et justes. Les perspectives lucides. 

Nul besoin de se déjuger par rapport aux décisions antérieures relatives au financement des dettes souveraines par emprunt sur les marchés

Qu'attend-on plutôt que de gesticuler a Paris, Berlin ou Bruxelles?



Extrait

(...)

"Il n'est pas besoin de modifier les traités européens pour mettre en oeuvre cette idée : certes, la Banque centrale européenne (BCE) n'est pas autorisée à prêter aux Etats membres, mais elle peut prêter sans limite aux organismes publics de crédit (article 21.3 du statut du système européen des banques centrales) et aux organisations internationales (article 23 du même statut). Elle peut donc prêter à 0,01 % à la Banque européenne d'investissement (BEI) ou à la Caisse des dépôts, qui, elles, peuvent prêter à 0,02 % aux Etats qui s'endettent pour rembourser leurs vieilles dettes.

Rien n'empêche de mettre en place de tels financements dès janvier ! On ne le dit pas assez : le budget de l'Italie présente un excédent primaire. Il serait donc à l'équilibre si l'Italie ne devait pas payer des frais financiers de plus en plus élevés. Faut-il laisser l'Italie sombrer dans la récession et la crise politique, ou faut-il accepter de mettre fin aux rentes des banques privées ? La réponse devrait être évidente pour qui agit en faveur du bien commun.

Le rôle que les traités donnent à la BCE est de veiller à la stabilité des prix. Comment peut-elle rester sans réagir quand certains pays voient le prix de leurs bons du Trésor doubler ou tripler en quelques mois ? La BCE doit aussi veiller à la stabilité de nos économies. Comment peut-elle rester sans agir quand le prix de la dette menace de nous faire tomber dans une récession "plus grave que celle de 1930", d'après le gouverneur de la Banque d'Angleterre ?"

(...)







jeudi 1 décembre 2011

Minuit moins une pour le système bancaire européen


Ainsi donc Moody's vient-il de placer 87 banques européennes sous surveillance, envisageant la dégradation d'un à deux crans de leur notation. La France est notamment concernée, tout comme l'Espagne, l'Italie et l'Autriche, les établissements financiers sur la sellette étant concentrés dans ces Etats.

L'occasion de se rappeler deux ou trois choses s'agissant des Etablissements financiers, et d'en tirer les conséquences s'agissant du statut des banques en général et de celui de la BCE en particulier.

1) En 2008, il aura donc fallu voler au secours des Banques qui avaient largement spéculé en mettant en oeuvre et exploitant sans limite aucune les mécanismes de titrisation, propageant ainsi la crise originelle des subprimes. 
Montant total des actifs toxiques: 700 milliards de dollars. Montant total des garanties accordées par à leurs banques (pour permettre le refinancement) par les Etats de la seule zone Europe (y compris la Suisse): environ 1 000 milliards d'euros. Montant déboursés par les Etats pour permettre une recapitalisation immédiate des banques: entre 320 et 350 milliards d'euros pour l'Europe et 185 milliards d'euros pour les Etats-Unis. Pour la seule France: 320 milliards d'euros de garantie et 40 milliards d'euros pour la recapitalisation.

2) Les Banques en question n'ont été sauvées de la faillite que parce qu'outre ces concours financiers directs, on a mis en place des structures de defeasance (Etats-Unis) permettant de confiner les actifs toxiques. 
On avait prévu une gouvernance financière qui n'aura été mise en oeuvre de façon ni concertée, ni sérieuse, ni complète: pas de durcissement des normes applicables aux agences de notation, pas d'examen des "Credit Default Swap" (contrats d'assurance responsables pour une large part de la crise d'alors et actuelle, se surajoutant à l'exposition aux dettes souveraines, s'agissant de contrats d'assurance non financés). Les mêmes causes produisant les mêmes effets, ce manque de gouvernance a entraîné la crise des banques de Mai à Octobre 2011.

3) Les Etats et les banques ont éhontément menti s'agissant d'expliquer les causes des difficultés rencontrées par ces dernières pour la période en question. En effet, le montant total d'exposition des banques européennes à la dette souveraine des Etats de la zone euro en difficulté ne représentait "que" 100 milliards d'euros, provisionnés, dont 35,8 milliards pour la Grèce. Les banques françaises n'étant concernées par cette dette consolidée qu'à hauteur d'environ 33 milliards dont 10,3 milliards d'euros pour la Grèce. 
Pour faire face, le besoin total de recapitalisation chiffré par l'EBA le 26/10 à 106 milliards d'euros a pu être intégralement financé par augmentation de fonds propres à partir d'affectation ou de réaffectation des bénéfices, conversion de dette en capital, et financement privé. Les banques françaises ont pu "absorber" ce besoin de financement du aux dettes pour 8,84 milliards selon ce schéma. 

Mais pourquoi alors Moody's annonce-t-il aujourd'hui une dégradation de la notation des banques en invoquant l'incapacité de ces dernières à faire face aux dettes souveraines si les Etats ne le pouvaient plus? Faut-il en conclure que lorsque les Etats soutiennent les banques, ils leur permettent en réalité de faire face à autre chose qu'aux dettes souveraines? Ce que Moody's pointe sans le dire. 

4) Les stress tests subis par les banques européennes dans le cadre des accords de Bâle III, malgré les déclarations satisfaites des gouvernements européens, ont en réalité relevé de la pantalonnade. Ce qu'a démontré dès l'été 2011 l'effet domino provoqué par les difficultés rencontrés par la Grèce incapable de faire face à ses engagements financiers en raison de sa dette. Jusqu'au paroxysme de la crise lors du Sommet Européen des 26 et 27 Octobre. Il manquait 106 milliards d'euros qui n'auront été mobilisés par les banques que lorsqu'elles furent au pied du mur. Car elles ne veulent pas de Bâle III et ne cesse promouvoir cette attitude de résistance passive concernant la hauteur de leurs fonds propres. 

Spéculer oui, mais sans filet. Jusqu'à ce que le pire arrive. En Octobre, les banques ont bien tenté de faire croire que le pire était advenu et que les Etats devaient mettre la main à la poche. Bien essayé, mais raté. Jusqu'à la prochaine fois. Et c'est sans doute très précisément ce que Moody's pointe aujourd'hui. Car la prochaine fois, les Etats seront dans la plus totale incapacité d'intervenir. Et les banques n'auront plus de marge de manoeuvre pour augmenter à nouveau leurs fonds propres.

5) Le crash total de Dexia a été évité de justesse, les banques étant à nouveau impliquées, la faillite n'étant à nouveau écartée que par l'intervention des Etats, grâce là encore à une structure de defeasance, la liquidation de la holding malade venant d'être confiée à ce qui reste de Dexia après restrructuration. 

6) Depuis l'été 2011, les banques, malgré leurs dénégations, ont restreint comme jamais le crédit à la fois à l'adresse des entreprises et des particuliers. Les Etats européens et donc la France sont donc bel et bien entrés dans cette phase appelée techniquement "credit crunch", dans laquelle l'argent frais n'alimente plus l'activité économique malgré une inflation très faible et des taux historiquement bas. Les banques ne jouant plus leur rôle, l'effet de repli de la croissance est inévitable. Et même d'amplification de la récession, puisque l'OCDE a clairement et à juste titre indiqué le 28 Novembre qu'elle avait commencé de s'installer.

Les banques ont donc peur, c'est évident. Peur de ne plus pouvoir faire face à la fois à leurs engagements nés de leur activité spéculative, à l'exposition aux dettes souveraines des Etats de la zone euro, à leurs propres charges. D'un mot, les banques ont peur de la faillite. Qui n'a donc jamais été aussi probable, puisque que le mécanisme est ici auto-réalisateur (c'est bien le danger du Crédit crunch amorcé). 

Alors? 

Alors il est devenu parfaitement légitime de se poser sérieusement la question de la nationalisation partielle ou totale des banques, équitable cela va de soi. 

Car les établissements financiers ont prouvé:

A) Qu'ils ne tiraient aucun enseignement des crises successives. Ce qui a un coût énorme pour les Etats. Et donc les citoyens. 

B) Qu'ils ne s'engageaient pas de façon transparente et déterminée dans un schéma de gouvernance financière. Or celle-ci est indispensable sous peine de mort économique des Etats.

C) Qu'ils avaient néanmoins un besoin vital des Etats pour garantir leur activité et leur pérennité. Ce qui ne peut se faire indéfiniment sans contrôle, sans contrepartie, les Etats étant toujours placés devant le fait accompli. Or ces Etats sont eux-mêmes en crise grave avec des économies en récession.

D) Que puisqu'ils ne jouent plus leur rôle micro et macro-économique de financement de l'activité, un déséquilibre majeur survenant entre l'activité spéculative de la banque d'affaire et celle de banque de dépôt, les Etats doivent désormais ré-infléchir grâce à leur présence au capital et leur représentation, l'activité générale des banques de façon responsable au regard de l'économie générale. 

Alors et par ailleurs, la question du prêteur de dernier ressort (Lire en suivant ce lien un article remarquable de 11/2011 sous le titre "La Banque centrale européenne, un prêteur de dernier ressort"), de sa nécessité, de ses missions, de sa solvabilité même, étant désormais directement posée par la décision de Moody's de dégrader des notes des banques, sachant que le FESF est mort né; la question du statut de la BCE devient centrale et doit occuper une place de choix dans les Traités européens dont on envisage aujourd'hui la redéfinition. On peut faire comme si la question n'existait pas, mais cela reviendrait à faire courir l'Europe à sa perte.

Crûment exposé, soit la BCE acquiert le pouvoir de prêter ou de garantir des dettes souveraines, ce que le Traité de Lisbonne lui interdit à l'heure actuelle, et les banques ont quelque chance de tenir autant que les économies de connaître un regain. Soit on refuse à la BCE ce pouvoir et il ne faut plus répondre de rien, les prêteurs étant exposés à la faillite qu'ils créeront eux-mêmes (qu'ils sont en train de créer) à travers la crise du crédit en cours. 

Alors ... 

Alors il est minuit moins une pour le système bancaire européen et même mondial.



Capture d'écran du site lemonde.fr


samedi 29 octobre 2011

Le Président, la Chine et la crise de l'euro




Mise au point à propos de la Chine, suite à l'intervention télévisée du Président Nicolas Sarkozy au lendemain du sommet européen du 26 Octobre

Vous vous êtes donc réjoui, M le Président, du fait que la Chine, ce grand pays démocratique, pacifiste, et si soucieux d'une mondialisation harmonieuse et équilibrée à la faveur d'une gouvernance intelligente et concertée, consacre, je vous cite "une partie de ses excédents à l'Europe". 

Faut-il vous rappeler que:

1) Le PIB de la Chine est 4 fois plus faible que celui de l'Union Européenne. Ce qui en dit long sur l'incapacité de la dite UE à générer de la croissance avec un solde primaire bénéficiaire. Et sur son endettement chronique et en spirale qui tue toute dynamique de croissance, précisément. Il faudrait se réjouir de cet état de fait?

2) Nous sommes donc dans une situation dans laquelle un (beaucoup) plus petit que soi va venir acquérir de la dette souveraine d'Etats Européens et abonder dans un FESF (car c'est bien ce pour quoi vous et Mme Merkel avez d'ores et déjà dépêché le directeur général de cette entité, Klaus Regling), sous la forme d'achat d'obligations émises par ce dernier. 

Transposé en droit des affaires, c'est comme si une petite entreprise très rentable s'offrait à bon prix une grosse entreprise générant un CA très important, en vue, prochainement, de la restructurer et de céder les actifs comme elle l'entendra, réalisant une opération financière de tout premier ordre, et encaissant un bénéfice colossal au passage. Selon la sensibilité de l'orateur, voilà qui oscille entre intérêt bien compris, stratégie d'entreprise, capitalisme débridé, néo-libéralisme triomphant, etc. 

Je ne vois pas ici la moindre ébauche du développement organique et concerté des économies des Etats dans une logique de mondialisation. Il faudrait se réjouir de cette défaite de la politique et de cette affirmation absolue du pouvoir économique ramené à ses rapports de force les plus élémentaires et les plus brutaux, hors toute gouvernance? 

Et surtout, ne m'avancez pas l'argument hégélien de la ruse de l'histoire qui consisterait à voir la façon dont, par l'économique, on parvient néanmoins à plus de politique en Europe. Car plus de politique aurait impliqué que vous utilisiez ne serait-ce qu'une seule fois le terme "gouvernance" et que l'accord conclu au sein de la zone euro fasse de cette gouvernance une réalité et un but. Or la gouvernance a été exclue de tous vos travaux avec nos amis européens. Pas de gouvernance, donc uniquement l'économique. Pas de ruse de l'histoire. Le cynisme économique a le dernier mot. CQFD.

3) Mais, j'en suis convaincu, vous n'avez pas la naïveté de penser que la Chine intervient en Europe pour autre chose que contrôler la dite UE à travers et au moyen de la situation de dépendance dans laquelle celle-ci va immanquablement se trouver à son égard. La Chine n'a pas pour habitude de demeurer un spectateur passif. Si elle investit, c'est non pas pour participer, mais pour contrôler. Voilà longtemps que la Chine a fini de s'éveiller. Désormais, elle exerce le pouvoir.

Vous n'imaginez tout de même pas qu'elle souscrive au projet d'une Europe fédérale et forte en devenir?! La Chine a besoin d'une UE à peu près à l'équilibre pour maintenir ses débouchés extérieurs et sa propre puissance exportatrice. Et suffisamment stable pour que son portefeuille de titres (7000 milliards d'euros tout de même) soit confortablement valorisé et prospère. Même au prix de la destruction du tissu industriel, économique, social, humain, politique de l'UE. 
Et il faudrait se réjouir que les grands investisseurs institutionnels et souverains chinois consolident et détiennent entre leurs mains, sans aucun contrepoids ni facteur d'équilibre (puisque les Etats-Unis sont dans le même cas), un pouvoir financier jamais égalé, au mépris de la vie de centaines de millions de citoyens et de millions d'entreprises européens?

4) L'un des grands facteurs de déséquilibre dans notre économie mondialisée, est la sous évaluation du Yuan. C'est cette politique monétaire là (antinomique d'avec la politique de l'euro fort si chère à la BCE, et par là même non doctrinale et terriblement efficace, vous l'avez remarqué, n'est-ce pas?) qui a permis à la Chine d'avoir une telle croissance et une telle puissance exportatrice avec la pénétration des marchés qui va avec dans le monde entier; de constituer autant de réserves (je le répète: 7000 milliards d'euros; soit 50% du PIB de toute l'UE) lui permettant de peser aussi fortement sur le cours de l'économie mondiale et le destin des autres Etats; de s'implanter aussi aisément partout dans le monde en détruisant sur son passage tout tissu industriel et toute économie de croissance au profit d'une économie financière et spéculative (la rentabilité des fonds propres qu'elle attend comme investisseur à travers toutes ses prises de participation), précipitant le destin de nations entières (même la Corée commence à ne plus pouvoir s'aligner sur la Chine en termes de compétitivité, c'est peu dire!). 

Et vous voudriez que nous nous félicitions que ce soit cet acteur économique et financier là qui vienne à notre secours? Certes, l'argent n'a pas d'odeur, mais il faudrait peut-être y regarder à deux fois avant de se précipiter en toute insouciance dans les bras de ce prédateur là. 

5) Les Américains eux-mêmes (vous savez, ceux qui vous ont diplomatiquement salué ce matin -et rien que cela, ne vous trompez pas, car la seule chose qui les intéresse, à juste titre, est d'éviter la contagion et le déclenchement de la catastrophe nucléaire systémique des dettes souveraines- par la voix du Président Obama) sont tellement soucieux de cette sous-évaluation critique du Yuan et des déséquilibres que cela impose à l'économie mondiale, et donc à la ruine de leur propre économie qui ne peut pas résister au double dumping monétaire et social, qu'ils viennent de partir en guerre, littéralement, par la voie des sénateurs contre cette plaie. Parce qu'ils n'en peuvent mais de voir leurs emplois détruits par cette sous-évaluation qui ressemble ni plus ni moins à une permanente dévaluation compétitive, érigée en méthode de guerre par la Chine. Et que c'est grave. Très grave. Et qu'ils ne peuvent laisser faire. 

Et vous voudriez que nous nous félicitions de voir les euros excédentaires de la Chine, payés du prix de la destruction des économies mondiales à travers la sous-évaluation, venir abonder nos institutions européennes pour mieux les phagocyter et les vider de leur substance? 

6) Vous souscrivez comme républicain, mais peut-être êtes-vous sincère, à l'idée selon laquelle les droits de l'homme constituent l'un des socles de notre civilisation, de notre identité commune et universelle. Faut-il vraiment vous expliquer que comme hier l'URSS, la Chine aujourd'hui ne comprend qu'un seul langage, celui de la force. Après que l'empire du milieu aura encore un peu plus étendu son empreinte et son contrôle sur les finances de l'UE par la détention de titres souverains, comment comptez-vous faire exactement pour faire pression afin que ce grand pays progresse sur le plan démocratique alors qu'il n'est qu'un nain sous ce rapport? De combien de prisonniers oubliés, de détenus exécutés, d'opposants brisés, d'intellectuels embastillés, de démocrates abandonnés, la nation chinoise devra-t-elle payer le prix du reniement à ces valeurs qui sont les nôtres et que nous avons en partage, qu'implique le fait que la Chine devienne financier de l'Europe?
Et vous voudriez que nous nous réjouissions de l'impuissance dans laquelle vous projetez de fait l'Europe, au mépris de ce qui contribue à sa grandeur comme à son identité sur la scène internationale, pour ce qui est de contribuer à faire advenir en Chine la reconnaissance effective des droits de l'homme aujourd'hui intégralement bafoués?

Décidément Monsieur le Président, ma conviction est que vous n'avez rien, mais absolument rien compris aux conséquences et enjeux de l'entrée en force de la Chine sur la scène européenne, à la faveur de l'effondrement financier de la zone euro à travers la crise des dettes souveraines et celle de ses banques. Inversement, si vous avez réellement mesuré toute cela (Vos conseillers sont là pour ça, n'est-ce pas? Pour vous "éclairer") et que vous persistez malgré tout à "vous réjouir", comme à nous inviter à nous réjouir en tant que citoyens français et européens de cette poussée de la Chine au sein des affaires européennes, c'est que vous avez du choisir entre des maîtres tous odieux, dont vous n'aurez retenu que le moins tyrannique. Entre les marchés seuls et la Chine, vous aurez opté pour la Chine. 

Mais vous y aurez laissé et perdu non pas votre âme, mais notre âme de Français et d'Européens. Comme une part de notre réalité et de notre identité profonde qui ne se résume pas à l'économique. Nécessité faisant loi, il n'y avait, compte-tenu du laxisme, de votre laxisme malgré votre permanente agitation depuis 2007, en matière de gouvernance de la zone euro, plus le choix. 
Mais surtout, n'ayez pas l'indécence de nous demander de nous réjouir. Vous, Mme Merkel et l'ensemble des Représentants et négociateurs, êtes en train de placer les nations européennes dans une main impitoyable qui va non pas commencer, mais continuer de presser les économies et les peuples. Pour son seul bénéfice.

Enfin, je vois bien l'argument qui ne manquera pas d'être asséné dans les heures et les jours à venir. J'anticipe donc. Il ne s'agit pas ici de faire montre d'une xénophobie anti-chinoise, mais de mesurer, au-delà de vos incantations sur les bienfaits de l'intervention de la Chine, les implications réelles des options financières que vous avez retenues pour assumer, avec les autres chefs d'Etat européens, l'incurie en terme de gouvernance qui nous a conduit là où nous sommes, avec une Union Européenne, et pas seulement une zone euro, sinistrée. On peut aimer les Chinois et leurs 56 ethnies, la culture chinoise, l'histoire chinoise, le génie chinois, sans pour autant souscrire à la prédation de son exécutif et de sa logique néo-impérialiste, dont l'économie chinoise n'est que le bras armé. 
Ne nous demandez pas, Monsieur le Président, de devenir naïfs en plus d'être humiliés et gravement exposés de façon certaine. 

Mais il est certain qu'on voit mal Monsieur JP Pernaut vous avoir fait des objections de ce type durant votre one man show du 27 Octobre 2011 au soir lorsque vous vous êtes personnellement réjoui du fait que la Chine affecte à l'Europe une partie de ses excédents.


Capture d'écran du site lemonde.fr



*

Mise à jour

Dans le temps même où ce billet était posté par l'auteur sur les réseaux sociaux le Vendredi 28/10/2011 en fin de matinée, le débat s'engageait publiquement au sujet de l'entrée en scène de la Chine à l'égard de la zone euro. Le site du Monde publiant à 15h36 un article mis à jour titré "La Chine ne consentira pas d'aide à l'Europe sans contrepartie".  

Il n'y aura donc pas eu longtemps à attendre pour que les sombres mais lucides analyses exposées dans cet article commencent à se réaliser. Précisément sur le sujet des garanties qui seront accordées par l'UE et par... la suppression de barrières douanières, à la faveur de l'accès anticipé au statut d'économie de marché de l'OMC. Soit à la lettre près ce que nous avions développé. 

Le terrible assujettissement de l'Europe à la Chine est enclenché et ne pourra que s'amplifier, selon les modalités décrites par nous. Le Président évoquait une Chine amie fantasmée qui investirait dans la zone euro avec compréhension et s'en tenant à une simple logique de diversification de ses prises de position financières. Les citoyens et entreprises européens quant à eux vont devoir assumer dans tous les compartiments de leur vie et de  leurs activités les conséquences de ce funeste choix. Le pire qui se puisse concevoir est en train d'advenir. En accéléré.


Capture d'écran du site lemonde.fr


lundi 17 octobre 2011

Des indignés et de l'extension de la révolte



Chose vue


Il va devenir de plus en plus difficile pour certains, de par le monde, de défendre la thèse de la mobilisation ponctuelle, anecdotique ou sporadique de quelques jeunes utopistes marginaux, désargentés et mal intégrés. Voilà qui commence à prendre tournure. 





mercredi 5 octobre 2011

De la financiarisation de l'économie, de Dexia et des banques




"Bad bank", "junk bonds", "confiner les actifs à risque", "parquer les actifs toxiques". Lorsqu'on m'apprit la finance, naguère, tous ces mots n'existaient pas. Je suis donc, comme d'autres, un dinosaure qui aura assisté en temps réel à la financiarisation de l'économie. C'est à dire, et de façon factuelle, à la destruction de l'économie de production alors que précisément, la financiarisation aurait du servir au déploiement de ce que l'on nomme aujourd'hui "l'économie réelle" par opposition à "l'économie spéculative". 

Certains disent qu'on peut enrayer le processus. Je n'y crois absolument pas. Il est déjà trop tard. Dexia en apporte une nouvelle preuve s'il en était besoin: après avoir soutenu un banque structurellement déséquilibrée dans ses activités, et ce en faisant appel au contribuable, on procède 3 ans plus tard à un démantèlement en bonne et due forme. En confinant les actifs toxiques, précisément. Et en garantissant les créances et les dettes... à nouveau avec l'argent du contribuable.

Mais des actifs toxiques, MM les politiques, il y a plein les bilans de toutes les banques. Et les dettes souveraines sont en train de devenir des "méta" actifs toxiques, qui plus est dans une économie mondialisée et d'interdépendance universelle. D'où le risque systémique, n'est-ce pas.

Si vous deviez décider maintenant, tout de suite, de façon concertée, de mettre en oeuvre une gouvernance financière digne de ce nom, par exemple en imposant de façon immédiate des niveaux de capitaux et de fonds propres visant à équilibrer les dits actifs toxiques ou très risqués (beaucoup plus vite et dans une proportion beaucoup plus importante que celle imposée par le Traité de Bâle III ,donc), aucune banque n'y résisterait. Ce serait l'effondrement global et immédiat. Elles n'en ont pas les moyens. Elles ne sont pas solvables. Malgré leur communication. Et les Etats encore moins qui sont les débiteurs de ces mêmes banques à travers leur dette publique.

Voilà pourquoi les banques font un tel lobbying pour différer l'échéance. Voilà pourquoi vous ne le leur imposez pas et ne le ferez jamais. Voilà pourquoi les Etats sont devenus les prisonniers des acteurs financiers. Voilà pourquoi les contribuables sont condamnés à supporter les dérives de la financiarisation, signant un chèque en blanc à travers leurs dirigeants. Voilà pourquoi l'économie de production est définitivement morte et pourquoi l'économie financière est désormais condamnée à s'auto-alimenter, s'auto-justifier en détruisant l'ensemble de l'économie réelle sur son passage, et en auto-réalisant les risques et l'effet domino, à chaque secousse amplifiés de quelques degrés. 

Au fait, MM les politiques, de quoi parlez-vous exactement quand vous êtes réunis en G20, en G7 ou en Sommet de la zone euro; et surtout, que décidez-vous ici et maintenant pour faire face à cette réalité économique là?

Capture d'écran du site 20minutes.fr



vendredi 16 septembre 2011

Le Crédit Agricole et le bon sens: le ridicule ne tue pas





"Le Bon Sens a de l'Avenir"

Sentence? Invitation à la réflexion? 
Que nenni! Il s'agit du titre de la nouvelle campagne publicitaire du... Crédit Agricole?!

De la part d'une banque dont la note vient d'être dégradée Mercredi, et qui a perdu presque la moitié de sa capitalisation boursière après une chute abyssale en Août (le cours sera passé sous la barre des 6€), c'est savoureux. Les marketeurs proches du budget nous expliquent doctement qu'en mettant en avant le "bon sens", le Crédit Agricole veut "revenir à ses racines" et retrouver ses fondamentaux autour de "la simplicité, de l'authenticité et de la bienveillance". 

On a présent à l'esprit un ancien slogan, "le bon sens près de chez vous" censé incarner la même banque dans les années 1970.  
Cette campagne marque donc un retour aux sources en somme. Le dit bon sens s'étant sans doute égaré en chemin, comme petits porteurs, clients et citoyens peuvent l'apprécier.

Descartes affirmait que "Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée". Visiblement pas. 

Le ridicule ne tue pas. Dommage.


Capture d'écran du site www.darkplanneur.com



Remerciements www.darkplanneur.com pour la capture d'écran 


jeudi 15 septembre 2011

Les banques européennes décollent. Et alors?



Petite chronique d'une crise aggravée - 2011

Le Mardi 13 Septembre, les bourses s'effondraient, entraînées par la chute des banques. Comme annoncé, les Banques centrales se sont mobilisées sans délai. 

Une dépêche de l'AFP tombe en milieu d'après midi: "Les banques européennes décollent après l'action des banques centrales".

Et alors?

Alors rien que de prévu. Nous en sommes à la phase du soutien massif et coordonné des banques centrales par injection de liquidités. Comme annoncé préalablement par ces mêmes banques centrales.

A ceci près. A ceci près que, pour prendre une analogie, les dites banques sont comparables à un patient qui se trouve dans un service de réanimation et à qui l'on injecte de l'adrénaline. L'effet est spectaculaire (les bourses remontent: +12,60% pour BNP Paribas; +8,11% pour Crédit Agricole; +7,94% pour Société Générale; +8,08% pour Deutsche Bank; +6,57% pour Commerzbank). Mais on ne soigne rien. Tout au plus maintient-on artificiellement un niveau d'activité normal utile à la survie à 3 mois (nous parlions ailleurs de court-termisme, n'est-ce pas?), qui "masque" les troubles plus graves (le volume total d'actifs toxiques détenus par les banques en portefeuille, et le risque systémique corrélatif).

Prochaine étape, la rechute des bourses après et malgré l'injection de liquidités selon le calendrier fixé. L'étape juste avant la crise de solvabilité, le problème de fond n'ayant pas même été abordé. Ni a fortiori traité. 

A suivre...


mardi 13 septembre 2011

De la crise des banques françaises et de l'absence de peur de Frédéric Oudéa


Ainsi donc, ce Mardi 13 Septembre sera-t-il à marquer d'une pierre noire, s'agissant des grandes banques françaises. Après la comédie des stress tests auxquels un nombre important d'établissements ont échoué, lors même qu'insuffisamment exigeants; après le "plan de sauvetage de la zone euro" du mois de Juillet, tellement définitif qu'il est déjà caduque lors même que les parlements viennent à peine de le valider; après les rumeurs promptement démenties par les intéressés d'une fragilité de leur assise financière début Août, mais dont les faits prouvent aujourd'hui qu'elles n'étaient pas totalement infondées- après donc cet étalage de contre-vérités, pour ne pas dire de mensonges (l'Autorité des Marchés Financiers devrait apprécier); de mesures inappropriées parce que sous évaluées;  d'opérations de communication pour ne pas dire de désinformation- place à la réalité.  Car les marchés ont leur logique qui, pour être cynique et impitoyable, emporte néanmoins avec elle quelque part de vérité. On ne saurait durablement les berner. L'heure est aux comptes. A l'évaluation de l'impact des risques réels, avérés. Aux conséquences sur l'appréciation de la solvabilité des banques, celle des Etats aussi, de la façon de prendre en charge la dette souveraine d'un ou plusieurs Etats. A l'appréciation de la santé comme de la stabilité réelles de la zone Euro, compte étant tenu du poids de la dette souveraine de celui (de ceux) des Etats le plus concerné.

Mais une réalité ignorée est toujours une réalité qui se venge. La Société Générale, la BNP et le Crédit Agricole sont explicitement menacés d'une dégradation de leur note; ont vu leur cotation s'effondrer de plus ou moins 50%; ont des bilans plombés par des actifs toxiques et surtout par la menace que fait peser la dette grecque détenue en portefeuille. Un consensus semble s'établir autour du fait que la Grèce sera dans l'incapacité d'honorer sa dette, ce qui ouvre directement la voie de la restructuration de cette dernière (les fidèles lanciers envoyés au feu pour défendre le système campant d'autant plus fermement sur le terme qu'il en cache en réalité un autre. Celui de faillite). Avec l'impact évident sur les comptes de ces banques. On ne tait plus la nécessité à venir de soutenir ces établissements, via la BCE (qui a déjà anticipé et déclaré qu'elle jouerait son rôle à l'égard de ceux qui en auraient besoin) ou par tous moyens utiles. Les accords Bâle III ne sont pas encore entrés en vigueur que déjà le temps pris pour mettre en place un renforcement du système bancaire suite à la crise de 2007/2008 s'avère trop long. L'Euro se trouve au bord du précipice. La zone euro chancelle. L'Europe vacille. 

Le scénario du pire est donc advenu. Ce qui était d'autant plus normal et prévisible que l'on n'aura pas su tirer en temps réel les conséquences de la crise précédente. Le "double dip" est là lui aussi, avec des économies européennes dotées d'une croissance atone voire en repli, auxquelles on inflige néanmoins des plans d'austérité qui auront pour seul effet de tuer encore un peu plus la croissance. Plans d'austérité qu'il faudra mécaniquement encore renforcer, au regard des évènements. La récession n'est donc plus un spectre qui se profile, mais une réalité qui se concrétise inexorablement, nourrie par l'idéologie de la bonne gestion (!) des déficits. 

La situation est si préoccupante que Jacques Attali n'hésite pas, dans son éditorial de Slate du Lundi, à affirmer que puisque les politiques n'auront à aucun moment pris la mesure de la gravité et de l'ampleur du problème, le seul sursaut qui tienne désormais devrait prendre la forme d'une initiative du parlement européen qui se déclarerait "assemblée constituante" afin d'engager l'Europe dans la voie du fédéralisme. Afin qu'une véritable coordination des politiques budgétaires et économiques et, c'est indispensable, une harmonisation étendue, préservent l'édifice européen en passe de se disloquer, l'Euro se brisant sur l'écueil de l'absence totale de solidarité entre les Etats membres, la Grèce n'étant que le premier domino à s'effondrer, entraînant avec lui tous les autres: Banques, Etats, Monnaie. 

C'est peu dire que l'heure est grave; sinon dramatique pour le destin commun de plus de 500 millions d'européens. On voudrait entendre un discours qui prenne acte de la fébrilité des marchés et de la justesse des raisons qui la motive. Un discours qui donne à voir qu'on a envisagé une sortie par le haut  (une vraie logique budgétaire supranationale) face à un problème de dette souveraine inédit dans son ampleur. Un discours qui traduise que si les accords de Bâle III ne sont pas encore pleinement concrétisés, les mesures liées aux ratio de capitalisation sont en cours de déploiement, le bien fondé de ces derniers étant pleinement validé. Un discours qui indique comment on a anticipé une défaillance majeure prenant la forme d'une crise de la dette souveraine, les chutes subséquentes, et les éventuels besoins ponctuels, le temps de parvenir au niveau des exigences de Bâle III. 

Tous éléments dont il n'est nulle part écrit par principe qu'ils déstabiliseraient davantage les marchés, puisque précisément, ils auraient le mérite de donner à ces derniers des signaux forts. Agir ainsi ne serait pas jouer contre soi-même, mais permettrait de restaurer la sacro-sainte confiance. Faut-il redire qu'on ne triche pas avec les marchés. Encore moins avec les agences de notation, quelque jugement qu'on porte sur elles. 
Mais encore faut-il avoir quelque chose à dire aux marchés. Encore faut-il avoir réellement prouvé que la solvabilité est acquise et que les liquidités sont en proportion suffisante. Que l'on a nettoyé les actifs toxiques. Que les provisions qui devront être passées pourront être supportées sans fragilisation. Encore faut-il avoir une vision non pas simplement de la sortie de crise, mais du nécessaire infléchissement et de la nécessaire accélération de la construction européenne permettant la stabilisation de la zone euro, et prenant la forme d'une intégration économique plus forte. 

Mais, en lieu et place de cela, on n'entend, à quelques rares exceptions, aucun discours qui donne à penser que les décideurs économiques et politiques ont pris la mesure des évènements et de leur responsabilité. On exerce un lobbying actif à l'endroit de la BCE (qui ne semble guère se prêter au jeu) pour différer et assouplir la mis en oeuvre de Bâle III. On sous-estime l'impact de l'origine des désordres, encore inédite dans l'histoire de la zone euro. On sous-estime la toxicité des actifs présents dans les bilans. On fait relayer par la voix de Ministres tout aussi ridicules que peu convaincants un discours lénifiant sur la santé de l'économie nationale, la solidité des Etablissements financiers et l'absence de problème, oubliant qu'il y a un mois à peine, la BCE a du soutenir une banque européenne qui n'a pas été nommée et qui aura eu besoin de 500 millions d'euros de liquidité. Lors, la menace de la défaillance grecque n'était pourtant pas aussi explicite! 
On oscille ici bien plutôt entre déni et méthode Coué, que l'on juge sans doute nécessaire pour "ne pas affoler les marchés". Position d'autant plus illusoire que précisément, les dits marchés reprochent à ces mêmes décideurs, et font payer très cher à l'ensemble des acteurs, leur cruel manque de transparence et de réalisme sur les risques réels attachés au mode de gestion choisi pour faire face à une évènement critique, celui de l'explosion de la dette souveraine d'un pays membre de la zone euro, l'acculant à la perspective de la défaillance.

Symbole absolu de cette attitude pour le moins irresponsable, les propos tenus ce jour par le Président-Directeur Général de la Société Générale, Frédéric Oudéa. 
"Je n'ai pas peur" a-t-il déclaré. Dont acte. Les places boursières s'effondrent. La capitalisation des banques font de moitié en 3 semaines. La banque même de ce dirigeant a d'ores et déjà annoncé qu'elle devrait augmenter les licenciements prévus dans son son plan "Ambition 2015" (le bien nommé), en rapport direct avec les évènements. Les banques centrales vont être sollicitées pour des montants supérieurs à ceux de 2008. Les citoyens et contribuables européens en sont quittes pour des plans d'austérité avec des hausses immédiates et des ponctions directes sur le pouvoir d'achat. Les PME vont voir le crédit dont elles disposent réduit de façon draconienne parce qu'elles présentent des risques accrus (un comble), avec les conséquences inévitables en termes de défaillances d'entreprises, de chômage et de repli de la croissance. Les comptes publics vont se trouver encore plus déséquilibrés avec obligation de renforcer encore davantage les politiques d'austérité. La richesse nationale va confirmer son déclin dans une spirale descendante. Un pays membre de la zone euro est en situation d'insolvabilité avec un contexte social et humain dégradé à l'extrême. Le risque systémique n'a jamais été aussi proche. La menace politique qui pèse sur ce qui a été le fruit de plus de 60 ans d'efforts au sortir de la seconde guerre mondiale, en Europe, n'a jamais été aussi forte. 
Mais ce dirigeant de banque qui aura besoin demain, c'est inévitable, de la BCE et de l'Etat français "n'a pas peur".   
Frédéric Oudéa est à lui seul une figure. Une incarnation. Celle de l'aveuglement, du cynisme, du court-termisme, de l'arrogance, de la légèreté condamnable, mais aussi de la faillite d'un système bancaire coupé de l'économie réelle et enfoncé dans les contradictions de l'économie financière et de la spéculation, y compris sur, contre et au détriment des Etats et même des autres banques.  
Il serait bien que nos gouvernants, à la différence de 2008 et des prêts qui furent consentis avec des contreparties alors tenues secrètes, ce dont tout un chacun put apprécier la valeur démocratique s'agissant de fonds publics, se rappellent cela, au désormais proche moment de soutenir la Société Générale et les autres grandes banques. Car on ne saurait indéfiniment pallier sans contraintes accrue les irresponsabilités et manque d'anticipation, et donc de prudence s'agissant pourtant de leur coeur de métier, l'analyse du risque, d'acteurs économiques majeurs. 

Bergson définissait ainsi le rire: "Du mécanique plaqué sur du vivant". Lorsque Frédéric Oudéa déclare "Je n'ai pas peur", on peut aussi partir d'un immense éclat de rire tant cette déclaration est surréaliste. La réalité vivante et à l'agonie de l'économie réelle: celle de la Grèce, celle de la zone euro, celle de la France, celle des banques, celle des entreprises, celle des citoyens et contribuables, se laisse si peu et si mal cerner par cette répartie que l'on ne peut qu'y voir l'expression d'une pensée rigide, enfermée dans sa construction, et coupée du réel. Psycho-rigide? Peut-être. Sans doute même. A tout observateur sensé, la situation, les risques, les enjeux, les conséquences donnent le vertige. Ce vertige peut être dissipé par l'analyse économique et politique. La peur pour n'avoir pas le dernier mot, fait partie intégrante de la perception d'une telle situation économique. En se privant de la peur, l'auteur de cette saillie se prive de la vie. On peut en rire, à n'en pas douter. Rire jaune sans doute. Mais aussi en frémir, compte-tenu des responsabilités de l'intéressé.