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lundi 13 février 2012

Le regard de Mikis Theodorakis sur un génocide financier

L'Histoire en marche

Ainsi donc les parlementaires grecs ont-ils adopté dans la nuit le plan de rigueur imposé par la Troïka en contrepartie duquel le nécessaire déblocage des 130 milliards d'euros indispensables au financement de son économie - ou pour être plus rigoureux et par priorité absolue au paiement de sa dette, eu égard à la prochaine échéance de 14,5 milliards d'euros au mois de Mars 2012 - pourra être réalisé.

Un plan de rigueur à la fois impitoyable sur le plan du pouvoir d'achat des Grecs, tout juste utile pour écarter la menace d'un défaut désordonné mais  impuissant sur le fond rien ne permettant dans le dispositif de financer les évolutions structurelles de l'économie afin de lui donner les moyens de relever des défis d'avenir, et massivement rejeté par la population, comme en témoignent les manifestations ininterrompues, les heurts violents entre force de l'ordre et manifestants, les banques et immeubles brûlés.

Un climat de chaos social. Un chaos que le Premier Ministre souhaitait éviter sur le plan économique mais dont la survenue est inéluctable sur cet autre plan là. Celui de la civilisation.

Où l'on saisit en image, au détours d'un article sur Rue89, le regard de Mikos Theodorakis.

Mikos Theodorakis qui, au mois de Novembre 2011 déjà, lançait un appel au peuple grec mais aussi à l'ensemble des peuples européens, dans lequel il soulignait la menace du "retour du fascisme"  induit par les pratiques des banques. Une référence qui ne doit rien au hasard.

Mikos Theodorakis présent là où l'histoire grecque s'écrit, mais pas seulement.

Avec un masque sur le visage afin de se protéger des gaz lacrymogènes.
On le porte. Mais qui le porte? Ses amis? Des policiers en civil cherchant à l'évacuer, s'agissant d'une figure de la culture nationale? On entrevoit d'autres masques. Climat de guerre plus que de manifestation. On cherche visiblement à l'évacuer. Plus pour le protéger que pour le soustraire au combat.

Et ce regard.

Un regard qui ne traduit ni d'abord ni seulement l'hébétude due à la souffrance peut-être ressentie en raison de l'inhalation des gaz,  mais le choc enduré par toute une nation.

Un regard à la fois dur, déterminé, réprobateur, accusateur, tout de colère; mais désespéré et effaré aussi.

Le regard d'un intellectuel humaniste, ancien ministre qui plus est, qui voit plus loin que le feu qui embrase les édifices ou les vapeurs nocives qui envahissent la rue. Un regard qui dit l'effroi de ce qui advient. Du nouvel ordre qui se dessine à travers une rigueur destructrice qui ne sauvera rien tout en anéantissant les forces vives d'une nation, ce que la froide analyse économique révèle.

Un regard qui semble dénoncer ce qu'il va bien falloir par reconnaître comme tel: un génocide financier ("Vers un génocide financier" in Courrier International 29/09/2011). Car il faudra bien à la fin mettre des mots sur les choses, et ne pas se contenter de la nécessaire distanciation propre à l'analyse économique ou politique. Mettre des mots même crus comme l'est le terrible regard  de Theodorakis.

Un génocide financier, le premier de ce type, perpétré, une fois encore, en plein coeur de l'Europe. Sans qu'aucun représentant de la Commission Européenne conduite par M Barroso ou du Conseil des Ministres de l'Europe ne se manifeste en quoi que ce soit, rien sur le plan politique ne venant soutenir et équilibrer ce qu'on impose par ailleurs sur le plan économique. Une sorte de Munich financier en 2012. Où l'on ne peut s'empêcher de penser que L'Europe fréquente décidément de façon très assidue ses fantômes.

La Grèce seule face à son destin, l'Europe n'osant affronter en face et de façon solidaire, au-delà des récentes déclarations autoritaires des dirigeants français et allemand, la vérité de la construction qu'elle a choisi: l'équilibre de l'ordre économique et financier, quitte à ce que le prix payé soit celui de la destruction d'un peuple si nécessaire. Un équilibre découvert trop tard, les mesures qui s'imposent ne préservant aucun des leviers permettant de renverser la tendance d'une hyper-récession qui ne pourra faire que des ravages.

Une Europe sacrifiant l'un des siens pour mieux se préserver, l'Allemagne, très fragile en réalité, constituant le symbole absolu de cette position schizophrénique sur le plan économique, simultanément plus gros prêteur et opposant dogmatique autant qu'intransigeant aux eurobonds qui constituent pourtant "une" sinon "la" porte de sortie de la crise de la dette qui frappe l'ensemble de la zone.

Une Europe qui ne veut pas regarder la réalité en face, dans l'exacte opposition au regard de Theodorakis saisi sur le vif là où le destin de l'une de ses emblématiques nations s'écrit, auquel rien n'échappe de ce qui est en marche et qui parle de misère, de perte des libertés et des droits, de souffrance, de recul de la dignité humaine.

Le nouveau plan de rigueur grec du 13 Février 2012, le regard de Mikos Théodorakis, ou l'image d'une vision d'effroi face à une certaine mort symbolique de la civilisation européenne.


Capture d'écran du site Rue89.com


vendredi 20 janvier 2012

A propos de la sincérité digitale des marques


Les délices du marketing, à propos de la sincérité digitale des marques

A vu passer ce jour un petit bijou d'oxymore qui aura fleuri sur une page dédiée au marketing, à propos d'un dossier à venir:

" (...) autour de la Sincérité Digitale des Marques"

Cher Monsieur, (vous n'êtes pas le seul à gloser sur la question, le domaine ayant au moins le mérite de faire vivre quelques agences et donc de fournir des emplois, ce qui n'est déjà pas si mal), le digital devenu paradigme économique et sociétal n'a rien changé au marketing sur le fond: 

Il s'agit toujours de l'art permettant de vendre à quelqu'un qui n'en a pas immédiatement besoin quelque chose qu'on va tenter de faire passer pour indispensable. 

Un art très élaboré, c'est évident, a fortiori quand il vient greffer son corpus d'études et techniques quantitatives sur les sciences sociales et du comportement (et inversement). D'où sa redoutable efficacité.

Le reste, digital ou pas, conversationnel ou pas, social ou pas, 2.0 ou pas, c'est de l'habillage. Sophistiqué certes (techniquement, car conceptuellement, c'est tout autre chose); up to date, c'est une évidence; tendance, c'est encore plus vrai; incontournable, cela s'impose; de l'avenir, c'est inévitable- quand il est digital, mais de l'habillage toujours.

Je vous garantis que lorsqu'on pilote la stratégie financière d'une entreprise ou d'un groupe, la "sincérité" sur laquelle vous allez vous interroger est bien le cadet des soucis, l'image et les valeurs véhiculées tout comme les propriétés de la rhétorique n'existant qu'à titre de composantes subordonnées à la visée des ratios de rentabilité. 

Ou plus exactement la "sincérité" d'un positionnement ou d'une expression digitaux ne valant qu'à partir du moment où elle contribue à l'efficacité économique et financière du dispositif marketing qui ne sera évalué que de l'unique point de vue de l'accroissement des parts de marché, de la croissance du CA, de l'augmentation des marges, la notoriété et les valeurs couvertes par le champ sémantique et opérationnel de cette dernière dont la sincérité fait partie étant prise en compte, mais comme une donnée subséquente, dérivée, induite, toutes choses synonymes de "subordonnées". 

Et pour être "sincère" on n'en est pas pour autant "véridique", de la même façon que pour être "authentique" on n'en est pas pour autant "vrai", "honnête" ou "loyal". 
Une "Marque" étant une construction économique et marketing profitable promue par une structure d'entreprise à but lucratif par nature a-morale, c'est peu dire que l'éthique n'a ici aucune place (sauf à être un facteur de productivité commerciale), la sincérité conçue comme passerelle entre l'économique et l'éthique ne constituant qu'un leurre psycho-socio-marketing efficace et rien d'autre. 

Ce qui explique le grand écart permanent des Marques entre leur discours, dont il est ô combien requis qu'il soit sincère d'un point de vue pragmatique, surtout à l'ère du web social et du digital 2.0, et leur arrière-plan économique. Grand écart qui fait que parfois, souvent, régulièrement, les Marques se prennent les pieds dans le tapis. Ce qui est inévitable dès qu'on dépasse une lecture marketing prismatique du conversationnel. Question de structure à laquelle les hommes de marketing ne peuvent absolument rien. Rien sinon augmenter l'efficacité du dispositif. Par exemple en étant sincère. Précisément.  

Et le BVP comme la DGCCRF (en France) sont loin de disposer des moyens, instruments et structures adaptés à certains comportements et outils des "marketers" induits par le développement du marketing digital. Mais pour n'être pas prise en faute puisqu'il n'existe absolument rien pour réguler la libre parole des marques dans l'univers digital, la "sincérité digitale" évoquée n'en est pas pour autant vierge de carences, dont certaines préjudiciables en termes de droits des consommateurs. 

Vous n'aurez d'ailleurs pas manqué de remarquer que côté consommateurs et clients, on est dans l'ensemble sans aucune illusion. Observez donc la réaction des internautes à la présence des marques sur les réseaux sociaux. 

Pour résumer, interpréter et élucider le fond de leur position telle qu'elle ressort des plus récentes études, on pourrait dire: 
"Marques, allez marketer et faire semblant de parler ailleurs, et laissez-nous entre nous, internautes consommateurs, discuter librement et sans pollution de ce que nous pensons de vous. 
Si nous voulons dialoguer virtuellement avec vous, nous le ferons sur votre site ou votre blog - ou votre flux Twitter-, et vous avez intérêt non pas à être sincères mais à nous renseigner correctement c'est à dire précisément et dans des temps très maîtrisés sur vos offres, vos services, vos prestations. 
Le consommateur moderne est un consommateur lucide qui n'a pas envie de faire du conversationnel, mais de se servir du digital pour gagner en efficacité dans son acte de consommation. Pas de place et pas de temps pour le blabla marketing factice (de ce point de vue, la fonction de Community Manager est appelée à de sérieuses évolutions!). Donc votre "sincérité" est un pré-requis évident, et vous avez tout intérêt à ce que le "sincère" coïncide avec la réalité de votre offre. Car sinon, c'est trolling, bashing et autres délices associés au marketing digital assurés!" 

Où l'on voit à l'occasion de cette brève évocation de la sincérité digitale qu'en définitive, l'économie et le marketing se moralisent peut-être progressivement non par choix  mais par contrainte. La ruse de l'histoire, toujours. 

Pour revenir à l'oxymore constituant le point de départ de cette réflexion, évoquer la "sincérité des marques" c'est un peu comme évoquer le "capitalisme responsable" mentionné par Monsieur Fillon, "la banque citoyenne" de l'autoproclamé Crédit Mutuel, "la croissance durable": l'expression est  intrinsèquement contradictoire, vide de sens et de toute réalité tant que ce à quoi elle renvoie n'est animé que par la loi du marché et des interactions sociales libres.  Des utopies masquant la conservation des antiques rapports de production déséquilibrés. Des éloges de la manipulation efficace institutionnalisée. 

Par contre, dès lors qu'on introduit de la gouvernance, qu'elle soit sociale, économique, politique, juridique, financière, alors ces oxymores peuvent avoir une certaine fécondité. Et même faire avancer les relations économiques, commerciales, sociales, politiques, financières.


Pour être brutal, tant qu'on ne contraindra pas les marques, règlements et dispositifs de contrôle à l'appui, à être non pas "sincères" dans l'univers digital, mais "véridiques", une certaine supercherie du conversationnel aura encore de beaux jours devant elle. 

Pensez par exemple à ce qui se produit autour des avis des internautes et de la réglementation envisagée pour distinguer les "faux avis" des "vrais avis", et vous aurez une illustration parfaite de ce qu'est la gouvernance du web appliquée à la consommation s'agissant de la "sincérité digitale".  

Ca ne vous plaira pas, c'est évident (il est tellement plus facile de faire semblant d'être sincère pour tenter de mieux tirer votre épingle du jeu sur le plan marketing). Mais voyez-vous, le web, y compris le web marchand, est aussi un espace démocratique, citoyen, légal. Et perfectible à ce titre. Y compris lorsque l'on fait du conversationnel. 

Si les marques prenaient d'emblée et d'elles-mêmes le parti d'être "vraies" plutôt que "sincères", pour des raisons évidentes, on gagnerait beaucoup de temps et de respect des droits des consommateurs.

Que voulez-vous, une marque est comme un citoyen: elle a la liberté de parole, mais elle ne peut pas dire n'importe quoi dès lors que son discours porte atteinte au droit. La sincérité ne fait pas tout.

Marques, soyez "vraies" plutôt que "sincères", et vos profits s'en trouveront augmentés!

L'avenir est à vous, non? 

Bien sincèrement.






jeudi 19 janvier 2012

A propos de l'avenir, avec Henri Bergson


Instantané philosophique

(S'agissant d'une publication initialement réalisée sur Facebook sous la forme d'un statut, d'où l'ellipse)

(Il/Je)

Pris par les urgences de la vie, va à l'essentiel pour vous souhaiter à tous une belle et bonne journée mes amis!

Non sans penser avec Bergson, dans un superbe message plein de lucidité et d'espoir malgré et au-delà des vicissitudes de l'existence et de la marche de l'histoire, à ce temps qui nous file entre les doigts et dont le produit paradoxal nous étreint jusqu'à la plainte individuelle ou collective parfois, sans avoir le dernier mot pourtant, et c'est là toute la grandeur de notre liberté à l'oeuvre:

"L'humanité gémit, à demi écrasée sous le poids des progrès qu'elle a faits. Elle ne sait pas assez que son avenir dépend d'elle."

Et si nous décidions que l'avenir, ici, maintenant, chaque jour, là où nous sommes, est réellement à nous?



capture d'écran du site cyber bougnat .net

mardi 17 janvier 2012

En chemin, avec Antonio Machado


Instant philosophique

De la modestie voire de la faiblesse, mais aussi de la force en marche de l'homme qui va. 

De l'importance d'avoir la force d'y croire qui fait inventer la Voie si chère à Edgar Morin, royale ou pas (en hommage à Malraux), même lorsqu'on croit à l'impasse ou au désert et que l'on se sent perdu, individuellement ou collectivement. 

De la nécessaire humilité du marcheur, chacun de nous comme nous tous ensemble en réalité, condamné à avancer pas à pas telle est notre condition humaine, se trompant parfois mais traçant ainsi sa route, celle qui constitue une révélation de ce qu'il y avait à parcourir et dévoile ainsi le monde, les autres, et le sens. 

Un sens précisément, tout à la fois orientation et signification, la seconde étant sans aucun doute beaucoup plus importante que la première qui risque de faire manquer le véritable but à force de tenter d'imposer un terme au chemin, arbitraire par définition, l'itinéraire en lui-même étant fécond.

Et si, comme l'a dit un autre poète, Antoine Pol honoré par Brassens dans le sublime "Les passantes", autre belle histoire de pas amoureux qui se succèdent,

"Pour peu que le bonheur survienne, 
"Il est rare qu'on se souvienne,
"Des épisodes du chemin 

Alors nos pas sont aussi riches d'espérance, d'une promesse, ce bonheur là nous attendant peut-être, et c'est une disposition bien plus qu'un hasard du parcours que de savoir le rencontrer, au fil de la route que nous inventons en même temps que nous la parcourons, magnifiques démiurges de nos existences finies. 

Le mot "démiurge" appliqué à nos vies étant à prendre au sens strict, Platon ayant vu juste bien avant la formalisation existentialiste de "l'en soi" et du "pour soi", qui déambulait précisément lui aussi, lui déjà, comme son maître Socrate, la pensée et son mouvement ayant à l'évidence grandement à voir avec l'humble et sublime condition du marcheur dont la pensée va comme le corps, dans une exploration qui est invention, c'est à dire découverte. 

Existences finies mais pourtant appelées à l'universel, et en cela, à une forme d'infini, puisque "l'homme passe infiniment l'homme" comme l'a si bien saisi Pascal dans l'une de ses fulgurances métaphysiques pour lesquelles on n'a guère besoin de théologie. 

Où il ne s'agit pas de croire aveuglément à ce que pourrait être la route, comme éclairée d'en haut, pour cette raison simple et essentielle que la démarche la crée. Il faut ainsi faire descendre la transcendance sur terre, le libéralisme ayant ses vertus quand il ne parle pas que d'économie, qui pointe la puissance de la liberté humaine à l'oeuvre quand les chemins qu'elle trace, à travers les dédales ou les modestes sentiers qu'elle emprunte, deviennent de véritables voies et pourquoi pas royales.

Où l'on voit aussi la dimension centrale de la responsabilité de celui (de ceux, nous tous) qui créons, littéralement, cet itinéraire, ce qu'on l'on nomme nos "parcours de vie" et la chose n'a rien d'un hasard du langage, nos pas étant à la fois notre moteur, notre chemin, notre vérité et notre vie.

Où enfin, où d'abord, la musique de la langue de Machado, rythme et harmonie chantantes mêlées, est en soi une invitation à prendre avec enthousiasme nos bâtons de pèlerin pour aller de l'avant vers ce futur que nul n'a pensé pour nous et que nos pas enfantent, libre étant à nous de faire en sorte que la joie accompagne nos pas, y compris lorsque nos pieds nous font mal parfois d'avoir trop marché ou d'en avoir trop vu, l'horizon de la route sans cesse repoussé constituant la plus belle des vues que le regard puisse embrasser, que le soleil s'y lève ou y disparaisse, au gré des jours qui vont.

"Caminante no hay camino, se hace el camino al andar"
"Toi qui chemine, il n'y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant"

Antonio Machado

Poète auquel un autre poète, Aragon, homme de quête lui aussi, rendit ainsi ce pudique et magnifique hommage

"Machado dort à Collioure
"Trois pas suffirent hors d'Espagne
"Que le ciel pour lui se fît lourd
"Il s'assit dans cette campagne
"Et ferma les yeux pour toujours.

Bonne route et belle journée à tous!




dimanche 15 janvier 2012

Le Monde selon 007


La vie comme elle va. Le monde selon 007

(Un jour de séance ciné centrée sur les opus du célébrissime agent du MI6)

(Billet publié initialement sur Facebook, sous la forme d'un "statut", d'où l'ellipse)

(Il) 

S'il en juge par la connaissance encyclopédique de Junior sur le sujet (la matière devrait-on dire), son décodage temps réel de ce qu'il voit, son anticipation minutieuse des scènes et dialogues, 

A visiblement transmis de façon très efficace le goût comme la délectation:

de la scène d'ouverture à haute teneur en adrénaline; 

du générique conçu comme une oeuvre dans l'oeuvre; 

des musiques de John Barry et des interprétations de Shirley Bassey à Tina Turner; 

du mythique Walther PPK; 

des répliques cultes comme "Vodka Martini, shaken not stirred"; 

des Aston Martin (quelle vulgarité les Ferrari!); 

de l'humour so british; 

d'une certaine misogynie insupportable et délicieuse dès qu'on la prend au second degré, surtout quand elle est justifiée par de sculpturales plastiques et des charmes si désarmants et ensorcelants que ceux de... ("Chacun sa préférée papa"; "ça c'est sûr, fils!"), les héroïnes françaises n'ayant la plupart du temps pas du tout à rougir de figurer dans ce casting là, dont le rôle ne se limite pas nécessairement à l'exploration de la variation infinie des courbes en fonction des lumières ou des positions relatives (il faut rester décent); 

des purs produits de l'imagination technologique intarissable et pleine d'humour elle aussi de Q; 

de la suavité comme de la vibrante incarnation de ce que fantasmer veut dire si délicieusement portée par Miss Moneypenny; 

de la sublime et envoûtante froideur de M incarnée par la grandiose Judi Dench; 

des méchants plus vrais que nature quand ils sont portés par Michael Lonsdale, Gert Froebe, Christopher Walken, Telly Savalas ou Matthieu Amalric; 

de l'exploration caricaturale de la guerre froide, de son avant et/ou de son après à l'ère du pouvoir des pétroliers, des médias, ou du green business; 

de l'action conçue comme une culture cinématographique à part entière, un art dans l'art (tout le monde n'y réussit pas, y compris dans la légende);

des bonbons acidulés que sont certains opus, oubliés (ou pas du tout) dès qu'on les a consommés, mais après avoir distillé un plaisir qu'on ne cherchera pas à dissimuler;

d'une galerie de portraits dans laquelle, c'est indubitable et inévitable, Sean Connery occupe une place définitive, mais suivi de près par... ("Chacun ses héros papa"; "c'est certain, fils!"...)

de la revisitation du MI6, de la CIA, du KGB ou la DGSE , le prélude à une réflexion sur les services secrets n'ayant pas nécessairement ni restrictivement à être austère ou universitaire (il faut savoir faire feu de tout bois);

de la révision ludique des données d'un atlas géopolitique, la magie du cinéma contractant les espaces et les durées, quitte à réintroduire ensuite la nuance et les rectifications utiles; 

des effets spéciaux qui constituent eux aussi une dimension à part entière de la culture cinématographique, le numérique n'ayant pas toujours tué la magie des origines, ce qui est plutôt bien; 

du dénombrement lorsqu'il va jusqu'à 007 et au "licence to kill" qui l'accompagne, la matière n'étant pas si innocente que ça, au-delà de la réjouissante et systématique hécatombe qu'on savoure bien calé dans son fauteuil (ce n'est pas bien, mais c'est si rigolo!); 

de certains établissements dits de luxe, dans lesquels on évoluera avec bonheur le temps de la projection, et qu'au-delà il faut avoir dans son carnet d'adresse pour savoir ce que vivre avec opulence veut dire ("ma petite entreprise connait pas la crise" comme l'a chanté Bashung);

etc, etc, etc

Mais au fond, incluant et au-delà de tout ce qui précède, d'une certaine culture de l'insouciance et de l'inconsistance indispensable semble-t-il à l'équilibre général. 

Et peu importe la forme, celle-là ou une autre, le gratuit, l'inutile et l'éphémère ne pouvant pas ne pas occuper une place réelle dans nos existences. Existences visiblement plutôt masculines. Nul n'est parfait!

Vous laisse donc, puisqu'il vient d'être interpellé sans ménagement et en ces termes, pour regarder la suite de l'un des tout récents épisodes de la captivante saga:

"My name is Bond, James Bond"

Enchanté fils! 

"World is not enough"!

Si tu t'en tiens à ça, tu iras loin, en effet!

God save the Queen!








dimanche 8 janvier 2012

Des consoles de jeux, des victoires de Junior et de l'épistémologie génétique


(Publié en premier lieu sur Facebook sous la forme d'un "statut", d'où l'ellipse)

(Il) 

Prend à la Wii des raclées qui n'ont rien de virtuelles s'il en juge par le caractère définitif des scores qui lui sont infligés par Junior le Terminator des terminaux et autres périphériques multi-connectés et multi-capteurs.

Doit sans doute manquer, ou plus exactement aura sans doute perdu, pour repenser aux travaux de l'immense Jean Piaget, un certain type de coordination et d'intelligence sensori-motrice spontanée, mais aussi pré-opératoire et opératoire voire jusqu'à un certain point formelle qui explique la puissance terrifiante du jeune et brillant vainqueur dans les univers virtuels considérés.

Pour poursuivre la lecture du ludique épisode à travers l'épistémologie génétique inventée par le géant déjà mentionné, a du développer avec le temps (nous ne dirons pas l'âge n'est-ce pas) un type de construction neuronale différent et différencié, support de "schèmes" dans lesquels la dimension symbolique et abstraite de la pensée l'aura sans doute peu à peu et jusqu'à un certain point coupé des schèmes sensori-moteurs dominants et opératoires que Junior exploite encore avec une intensité, une maestria et une efficacité redoutables. A chaque âge ses plaisirs!

Tente donc, pour en terminer avec cette brève évocation induite de la lumineuse épistémologie d'un chercheur au savoir encyclopédique, décloisonné, novateur et fécond, à l'apport déterminant aux sciences et problématiques de l'éducation, de faire bonne figure en cherchant à "assimiler" ce qu'il faut de technique ludique pour devenir un honorable compétiteur virtuel. 

"Assimiler" et non pas "s'accommoder à", la différence épistémologique étant gigantesque.

Car cet effort est en soi condamné à ne demeurer qu'une "assimilation" sans jamais devenir une véritable "accommodation", puisqu'il ne peut plus faire autre chose que tenter d'intégrer à des schèmes préexistants ce qu'il faut de gestes et de techniques nouveaux pour affronter les jeux en questions, là où Junior est dans une "accommodation" permanente et féconde qui le pousse à faire évoluer les schèmes préexistants et en inventer de nouveaux, afin de faire face à des situations inédites, fussent-elles virtuelles.

Où accessoirement l'on comprend pourquoi, avec le temps, l'on est condamné dans certains domaines à assimiler, sans pouvoir s'accommoder, ce avec quoi il faut bien faire. L'évolution individuelle n'est pas une courbe exponentielle. 

On se consolera néanmoins en se disant que la fonction symbolique qui permet la manipulation d'objets abstraits peut avoir été terriblement renforcée, la fonction d'abstraction pesant également d'un poids considérable sur les schèmes constitués, avec la fécondité intellectuelle, productive et sociale que l'on sait. 

Il reste donc quelque chose de précieux aux vaincus à l'âge plus avancé des redoutables machines à pointer le temps qui passe (pour ne pas dire la vieillesse) que sont les multiples consoles de jeux et autres inventions ludiques apportées par notre temps. Quel bonheur, quel soulagement!

A bien sûr exposé à Junior cet aspect éclairant de ses victoires innombrables, le jeune héros écoutant attentivement, certes, intéressé, c'est évident, mais trop heureux de pouvoir écraser avec ses jeunes schèmes les schèmes plus anciens et plus élaborés de son père. Ce qui est bien naturel et qui fait sourire ce dernier de façon complice et attendrie.

A vos schèmes, prêts, jouez!





samedi 7 janvier 2012

A propos du réalisme


Instant philosophique. A propos du réalisme.

(Autour d'une citation de Dostoïevski empruntée aux "Les Frères Karamazov" que l'on trouvera ci-dessous)

De l'essence du réalisme et du permanent éveil de la conscience qu'il implique, aux antipodes de la naïve et illusoire et prétendue soumission aux "faits", qui ne fait rien d'autre que cristallier tous les a priori, les préjugés, les présupposés, nous détournant des choses, de la juste perception du monde et des êtres et, peut-être de la vérité. 

De l'aberration que constitue un certain néo-positivisme ambiant (et déjà ancien), et de la force prétendument probante des seuls "faits" dont certains attendent qu'ils parlent d'eux -mêmes, comme par miracle, position dont on se demande comment on peut encore sérieusement s'en réclamer tant tout dans une épistémologie rigoureuse et lucide, montre que la démarche est erronée, le fait n'étant constitué que pour une conscience qui le vise intentionnellement et le constitue comme objet de pensée par ce mouvement rationnel même. 

Du scepticisme et du doute méthodologique comme fondements du réalisme, qui est avant tout un effort de soi comme un travail sur soi, parfois douloureux, pour trouver le chemin complexe de ce qui fait sens, antinomique d'avec la simplificatrice et au final stérile voire dangereuse acceptation de "faits" qui ne sont souvent que des pensées déjà élaborées qu'on tente de faire passer pour autre chose que ce qu'elles sont. 

De la lucidité, parfois terrible, qui en découle, qui n'est pas sans incidence sociale, tant "l'être social" se trouve la plupart du temps rassuré par la contemplation superficielle de "faits" supposés tels, alimentant un grégarisme problématique et à l'origine de toutes les manipulations, la démagogie occupant ici un espace socio-politique important, qui se nourrit de cela.

De la limite a priori de toute religion, mais aussi et par extension de tout corpus de pensée aliénant, lorsqu'elle réclame la reconnaissance servile du fait par adhésion inconditionnelle du vouloir, alors que la dignité du sujet véritablement libre le pousse à affirmer son identité par le déploiement d'une pensée qui dépasse ses objets et la factice valeur probante des faits, et cherche à faire sens, ne reconnaissant rien d'autre à la fois que ses forces, et le mouvement volontaire par lequel elle le constitue. 

En ce sens, et pour reprendre la remarquable analyse hégélienne, la caractérisation de la pensée définie comme "le lent et douloureux travail du négatif", seule voie pour échapper à la vacuité des faits qui ne disent jamais rien tant qu'on ne les fait pas parler par ce travail spécifique là.

«Un véritable réaliste, s'il est incrédule, trouve toujours en lui la force et la faculté de ne pas croire, même au miracle, et si ce dernier se présente comme un fait incontestable, il doutera de ses sens plutôt que d'admettre le fait.»

Fiodor Dostoïevski
Les Frères Karamazov (extrait)





samedi 31 décembre 2011

De ce qu'il nous est permis d'espérer et de la fraternité, un soir de 31 Décembre

La vie comme elle va. Un soir de 31 Décembre

(Le 31/12/2011, à la lecture de mon flux Facebook, alors que chacun s'apprête à passer un moment joyeux)

Lit plein de choses ici, en un jour comme les autres, à tout prendre. Et pourtant. 
Des choses contradictoires, c'est inévitable. Paradoxales, parfois. Qui interpellent, quasiment toujours.

Ne peut s'empêcher de voir dans le flux qui court inexorablement sur cette page, à quel point la peur de l'abîme est proche de l'espérance de la Lumière. L'angoisse existentielle voisine du désir de s'abandonner de façon confiante. La tentation égoïste voisine de la générosité et de l'altruisme les plus palpables. 
Et peu importe les âges, sexes, les cultures, les religions. Les différences, car l'homme est un.

Repense, on voit bien pourquoi, à ce SDF, Vicky, puissant et douloureux symbole dont la presse s'est fait l'écho cette semaine, mort seul pendant qu'ailleurs la joie irradiait. 

Ceci coexistant avec cela. A chaque fois. Inexorablement.

Et songe tout à coup à ce qui suit. Qui dit si bien ce qu'il est vraiment permis à l'homme d'espérer de façon raisonnable, sans naïveté aucune. Au-delà de l'optimisme béat comme du scepticisme stérile, les renvoyant dos à dos. 

Songe que tout ceci ne dépend ni d'un hypothétique destin, ni de Chronos qui ne sera jamais autre que la bête avide dévorant ses enfants qu'il est. 
Mais que tout est en le pouvoir de l'homme. Un pouvoir vertigineux.

Le texte de Jammes n'étant pas tant ni d'abord tourné vers une transcendance qui dispensera de se poser les vraies questions, d'effectuer les véritables remises en cause, et d'oeuvrer à vues humaines, tout en étant pétri d'imploration. Mais pointant vers le coeur qui nous fait vibrer à l'unisson de l'univers tout entier.

En un jour où nous parlons et pensons à l'avenir, précisément. 

Que le temps qui vient soit chaque jour un peu plus celui de l'accomplissement de l'humanité véritable de chacun. Et par là même, de notre humanité commune. Mes amis. Mes frères. 

* 

Par le petit garçon qui meurt près de sa mère
Tandis que des enfants s'amusent au parterre;
Et par l'oiseau blessé qui ne sait pas comment
Son aile tout à coup s'ensanglante et descend
Par la soif et la faim et le délire ardent:
Je vous salue, Marie.

Par les gosses battus par l'ivrogne qui rentre,
Par l'âne qui reçoit des coups de pied au ventre
Par l'humiliation de l'innocent châtié,
Par la vierge vendue qu'on a déshabillée,
Par le fils dont la mère a été insultée:
Je vous salue, Marie.

Par la vieille qui, trébuchant sous trop de poids,
S'écrie: "Mon Dieu!" Par le malheureux dont les bras
Ne purent s'appuyer sur une amour humaine
Comme la Croix du Fils sur Simon de Cyrène;
Par le cheval tombé sous le chariot qu'il traîne
Je vous salue, Marie.

Par les quatre horizons qui crucifient le Monde,
Par tous ceux dont la chair se déchire ou succombe,
Par ceux qui sont sans pieds, par ceux qui sont sans mains,
Par le malade que l'on opère et qui geint
Et par le juste mis au rang des assassins:
Je vous salue, Marie.

Par la mère apprenant que son fils est guéri,
Par l'oiseau rappelant l'oiseau tombé du nid,
Par l'herbe qui a soif et recueille l'ondée,
Par le baiser perdu par l'amour redonné,
Et par le mendiant retrouvant sa monnaie:
Je vous salue, Marie.

LA PRIÈRE
Francis Jammes

Que l'on pourra relire en écoutant ceci, par exemple. Par la voix d'un autre poète qui aura lui aussi exploré les mondes, nous guidant en quelque façon.








mercredi 21 décembre 2011

De l'éducation: à propos du web

La vie comme elle va

A propos du web

Le fils
Bon, alors, on la crée cette chaîne Youtube pour mes vidéos? Et tu me montres pour la capture vidéo? Et pour la diffusion sur les réseaux sociaux?

Le père
Allons-y, puisque je te l'avais promis.

5 heures plus tard, 
Après création et personnalisation de la chaîne Youtube ad hoc (y compris les publications de lancement); création/modification des profils Google+/Facebook et Twitter utiles pour installer une présence sociale, accroître la viralité et étendre la présence web des productions de Junior; installation/configuration de l'application de capture vidéo; transmission des savoir-faire techniques, marketing, et de gestion de soi comme marque ainsi que des communautés web indispensables; réalisation de l'ensemble des tests et simulations; sensibilisation marquée (preuves à l'appui) aux problématiques de confidentialité et de vie privée, etc.

Le père (heureux et impatient de voir les productions ainsi diffusées)
A toi de jouer maintenant.

Le fils (un peu fatigué)
Quel travail! Je n'aurais pas imaginé.

Le père
Que croyais-tu? Que le web était une chose simplement intuitive? C'est comme en tout mon garçon, l'intuition ou la créativité ne servent à rien sans savoir et savoir-faire, sans patience, sans travail. Le web ne fait pas exception qui exige même que tu sois comme un homme-orchestre, t'offrant alors ses incroyables possibilités.

Le fils
C'est génial. J'ai appris plein de trucs en plus de tout ce que je savais sur mes jeux de stratégie.

Le père
Il faut bien qu'il me reste quelques petits "trucs", comme tu dis, à t'apprendre!

Le fils
Vive le web!

Le père (comblé, par devers lui)
Comme j'aurais aimé avoir un tel outil à ma disposition quand j'avais son âge. Ce "truc", comme le dit Junior en parlant du web, a véritablement métamorphosé notre rapport au monde, qui n'est pas simplement un outil mais une dimension à part entière de la transformation du monde par l'homme. 

Nos enfants ont donc un devoir: Chercher à regarder plus loin que nous, tant ils sont forts d'un prolongement de leur être dont la puissance est inégalable.
On voit bien les dangers. Mais on voit aussi le véritable apport du web (et peu importe qu'il soit 1.0, 2.0 ou 3.0) à la poursuite de l'évolution de l'espèce humaine. L'information socialisée est comme le prolongement de l'ADN qui nous caractérise. 

Le fils (interrogatif)
A quoi pense-tu?

Le père
A notre avenir commun Junior. Au fait que l'évolution de l'espèce humaine est une chose vraiment stupéfiante d'intelligence et qui est très loin d'être terminée, ce que me disait naguère l'un de mes très grands professeurs, qui avait raison en cela (et qui était même visionnaire).

Le fils
Et alors, il dit quoi l'avenir?

Le père (songeur)
Ce que vous aurez l'intelligence d'en faire, fils... Car tout est possible. Absolument tout.





lundi 19 décembre 2011

A propos des vacances et du temps libre


Réflexion philosophique de circonstance

(Le Lundi de la première semaine des vacances scolaires de Noël 2011) 


Vacances: moment lors duquel, "d'être sans", on retrouve pleinement la faculté si précieuse "d'être avec" (soi, les siens, le Monde) de façon choisie. 

Voilà pourquoi "être de loisir" est sans doute l'une des choses les plus importantes qui soit, le temps libre méritant d'être recherché et pensé autant sinon plus que le travail lorsque celui-ci est en tout ou partie aliénant, ce qui est hélas si fréquent sinon universel dans une économie productiviste et un espace social structurellement consumériste. 

Un temps libre qui ne saurait se contenter de passe-temps. Car l'art de vivre, qui réclame de prendre son temps, et pour citer un président amis des lettres "de donner du temps au temps", s'accommode mal du fait de perdre son temps. 
Précisément parce que ce temps rendu à lui-même (et voilà pourquoi il est appelé "libre") mérite d'être habité pour faire sens.

Habité de soi, les vacances constituant un continuum spatio-temporel dans lequel on peut "se retrouver" (mais l'on s'était perdu alors?) soi-même; retrouver ceux que l'on apprécie, que l'on aime que l'on cherche à connaître; et même retrouver un monde redevenu espace de découverte, de contemplation, d'expression du corps, ou de culture de soi. Ce qui constitue un immense travail intellectuel, relationnel, intérieur, physique. 

On ne travaille en réalité jamais autant que lorsque les vacances sont "bien remplies", ce qui ne signifie pas quantitativement saturées par des occupations dans lesquelles on ne chercherait encore, consciemment ou non, qu'à éviter le face à face avec soi-même, avec les autres, avec le monde. 

Des vacances réussies sont celles lors desquelles le temps aura cessé d'être la mesure objective du mouvement qui nous asservit dont parlait Aristote, et aura été domestiqué et réapproprié pour re-devenir le paradigme de notre expérience intérieure, même si le temps des vacances est consacré à parcourir tout ou partie de l'espace du Monde. 

Un temps qu'on ne verra pas passer ou qui semblera une éternité (mais pourtant c'est la même quantité) selon que nous l'aurons habité de façon harmonieuse ou pas. Ce que Kant voulait très exactement dire lorsqu'il en fit une forme a priori de la sensibilité, ouvrant la voie à la théorisation de la découverte radicale et existentielle du sujet par soi. 

Les vacances constituent donc, mais c'est pourquoi nous entretenons avec elles une relation si singulière, un moment privilégié de l'une des expériences métaphysiques par excellence: celle du temps comme dimension de soi. Un soi qui n'existe que dans et par la temporalité.

Où l'on comprend que plus l'univers intérieur est riche, plus ce temps des vacances est plein, et moins l'on éprouve le besoin de se "dis-traire" ou de se "di-vertir" - ce qui revient à se fuir sous prétexte d'échapper au quotidien, qu'on repense ici à Pascal par exemple - pour au contraire rechercher des plaisirs authentiques qu'on reconnait à ce qu'ils nous ajoutent quelque chose, jusque sous la forme de la précieuse réminiscence, et qu'ils ne sont pas perdus une fois que le temps des vacances est passé. 

Un temps des vacances qui a ceci de bien particulier que si l'on ne s'y perd pas mais qu'au contraire on s'y retrouve, sa durée étant celle de l'éternité des instants qu'on aura peut-être voulus et rendus magiques par le fait-même. Voilà pourquoi les vacances peuvent être de merveilleux moments.

Où l'on repense par exemple à Bachelard qui manifesta dans L'intuition de l'instant que "Le temps n'a qu'une réalité, celle de l'Instant. Autrement dit, le temps est une réalité resserrée sur l'instant et suspendue entre deux néants". 

Les vacances, instant suspendu privilégié donc parce que l'être a l'occasion d'y réapparaître à lui-même, dans la reconquête du temps intérieur qui dure éternellement parce qu'il est éprouvé à l'état originel comme durée intérieure pure et non plus comme ce temps qui s'écoule plutôt lentement par ailleurs pour la plupart de ceux dont le travail est hélas synonyme d'abandon de soi et de "perte de temps", même si l'on y trouve un "gagne-pain", les mots parlant d'eux-mêmes. 

Il n'y a rien au fond de plus sérieux que les vacances qui sont l'espace-temps de la coïncidence parfaite parce que libre, de soi avec soi, de soi avec autrui, de soi avec le monde. Il importe d'en prendre à temps, avant que le travail signifie la dispersion de soi, voire son anéantissement, symboliques ou réels.

Elle viennent à temps pour ceux qui en prennent peut-être en ce moment; le temps se fait long sans doute pour ceux qui les espèrent et les prendront peut-être dans quelques jours; elles s'imposent tout autant pour ceux qui ne peuvent pas en prendre quelles que soient les raisons, devenant un horizon pourtant nécessaire puisqu'elles riment avec liberté et affirmation de soi.

Quel que soit le cas de figure, actuelles, prochaines, futures ou espérées,

Bonnes vacances et belles journée à tous!




dimanche 18 décembre 2011

Hommage à Vaclav Havel

L'oeil du témoin

Politique et histoire temps réel

(Juste après l'annonce du décès de Vaclav Havel - Lire également l'article du Monde publié sous le tire "Le précieux héritage de Vaclav Havel" )

Vaclav Havel (1936-18/12/2011) ou l'administration de la preuve: 

Qu'on peut être un intellectuel engagé dont les convictions, en toute cohérence, poussent à entrer en politique; 

Qu'on peut demeurer en politique en restant fidèle à ces mêmes convictions, comme à ses valeurs, sans avoir à se renier parce qu'on est un homme intègre et qu'on croit que le service de la Nation a un sens qui l'emporte sur toute considération personnelle;

Qu'on peut opérer et conclure une Révolution, y compris contre l'un des pires fléaux de l'Histoire, sans qu'elle se termine dans un bain de sang ou par la reconduite des mêmes, qu'on nomma fort pertinemment "de velours". Ouvrant ainsi la voie à d'autres conquêtes de souveraineté par la liberté, et inversement;

Que la Culture n'est pas réservée aux salons ou aux amphithéâtres, mais a une légitimité pour ce qui est de jouer les tous premiers rôles dans les démocraties (nous en sommes loin);

Que l'humilité face au pouvoir est la sceau d'une réelle grandeur;

Que la Philosophie Politique n'a pas commencé avec Platon pour se terminer avec lui ou avec Marx dans une impasse, mais que l'action politique et la pensée cohérente et finalisée de l'action politique, peut-être, comme la vie et comme le souligna l'un de ses illustres compatriotes, une "oeuvre" à part entière;

Que l'économie n'a pas le dernier mot en politique, ce qui fait de lui l'un des figures héroïques et un modèle pour une Europe aujourd'hui traumatisée à force d'être conduite par des aveugles incultes seulement obsédés par une notation financière suicidaire;

Vaclav Havel ou l'insoutenable intelligence de "l'être politique" et de "l'être historique".

Un admirateur

Capture d'écran du site des DNA

vendredi 16 décembre 2011

Du Président et du Conseil Supérieur de la Magistrature


Droit constitutionnel: L'article 64 de la constitution et les prérogatives du CSM en question



Pour apprécier les enjeux de la condamnation du Président Chirac, et sans que cela épuise le sujet, on se rappellera utilement ceci:

Article 64 de la Constitution du 4 octobre 1958:

« Le Président de la République est garant de l'indépendance de l'autorité judiciaire.
Il est assisté par le Conseil Supérieur de la Magistrature.
Une loi organique porte statut des magistrats.
Les magistrats du siège sont inamovibles.»

Aussi, puisque les symboles autant que les attributions constitutionnelles sont déterminants pour la vie de la République et le respect de son esprit, et au vu du constat répété y compris jusqu'à son ultime manifestation en la figure de la condamnation du Président Jacques Chirac après un interminable feuilleton judiciaire de 20 ans ponctué par une révision constitutionnelle de convenance en 2007, ainsi que par une constante soumission quasi servile du Parquet à l'exécutif au mépris de sa fonction envers l'ordre public dès lors que nos souverains démocratiques sont concernés, convient-il sans doute de procéder à une révision constitutionnelle ambitieuse.

On devrait ainsi par priorité refondre le statut du Conseil Supérieur de la Magistrature en changeant de paradigme juridique pour en faire LE garant de l'indépendance judiciaire, alors qu'il ne fait aujourd'hui qu'assister le chef de l'exécutif, avec un rôle consultatif mais pas décisionnel. 

Le Président de la République ne présiderait alors plus le Conseil, et le Garde des Sceaux n'en serait plus le Vice-Président, le pouvoir de nomination des magistrats étant alors dévolu au Conseil lui même, l'article 64 de la constitution s'en trouvant modifié en conséquence.

Comme guide théorique en arrière-plan d'une telle révision constitutionnelle qui s'impose, on pourrait par exemple se rappeler ceci, emprunté à Montesquieu extrait de l'Esprit des lois:

"C'est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ; il va jusqu'à ce qu'il trouve des limites. "

&

"Il n'y a point encore de liberté si la puissance de juger n'est pas séparée de la puissance législative et de l'exécutrice"


"(...) du fait de leur statut, les membres du ministère public en France ne remplissent pas l'exigence d'indépendance à l'égard de l'exécutif, qui, selon une jurisprudence constante, compte, au même titre que l'impartialité parmi les garanties inhérentes à la nature autonome des magistrats."

La conclusion sonnant comme une interrogation majeure formulée à l'égard de tout Chef de l'Etat ou prétendant tel:

"(...) (le)déséquilibre du système pénal sape l'état de droit.(...)"

Où l'on voit que le véritable débat dépasse très largement la personnalité d'un ancien Président, et que tant que l'on n'aura pas procédé à la révision de cet article 64 de la Constitution, la République Française ne sera toujours pas une Démocratie adulte et conforme aux principes et valeurs qui la fondent pourtant. Les risques associés étant maintenus.



Siège du Conseil Supérieur de la Magistrature - Paris VII


jeudi 15 décembre 2011

De la Justice, de ce qui est ordinaire et de ce qui est exceptionnel


(Suite à la condamnation du Président Chirac, et aux réactions souvent très viscérales, ainsi qu'au débat induit à propos du statut pénal du Chef de l'Etat avec, en arrière plan, la question de l'égalité des citoyens devant la Justice)

Réflexion sur la Justice

C'est au traitement extraordinaire des affaires qui devraient demeurer ordinaires même lorsqu'elles concernent des personnages exceptionnels; ainsi qu'à la mauvaise administration de la justice ordinaire qui concerne chaque citoyen et qui devrait toujours être un acte d'une exceptionnelle qualité, qu'on mesure la vitalité réelle comme le déclin éventuel de la Justice d'un peuple.

D'où l'importance, dans la nécessaire évolution et réhabilitation de la Justice au sein des grandes démocraties, mais pas qu'elles en réalité, de fournir à la Justice ordinaire les moyens, substantiels, d'être toujours rendue avec excellence et en totale indépendance, sans considération aucune de l'importance socio-politique supposée des justiciables ou des parties en présence. 

On en tirera également les conséquence utiles s'agissant des conditions dans lesquelles on accorde sur le plan constitutionnel et de façon exceptionnelle l'immunité à un homme au motif de la nécessaire permanence ou grandeur de sa fonction. Car pour être investi de la fonction suprême, on n'en demeure pas moins un homme ordinaire.

Les Princes soucieux de n'avoir de destin qu'extraordinaire, même lorsque celui-ci est condamnable et le cas échéant condamné dans ses moyens ou ses finalités, ne prospèrent jamais autant que lorsque les peuples sont concentrés sur l'exceptionnel, sans voir qu'il s'agit d'un écran entre eux et la Justice ordinaire, celle qui pourtant les rend véritablement libres.

Où l'on voit que le cas que l'on fait de l'administration quotidienne de la Justice dans un Etat est sans aucun doute l'étalon le plus rigoureux de la démocratie, puisqu'il porte sur la valeur qui la fonde au second plan après la liberté qui en est le but: l'égalité.





jeudi 8 décembre 2011

L'Europe et les chocs


(Le jour du début du Sommet européen de Bruxelles des 8 et 9 Décembre lors duquel la question d'un Traité européen doit être abordée et discutée)

Interrogé sur la portée du Sommet Européen à venir au vu du projet de Traité qui semble décalé par rapport à la crise qui sévit et aux exigences immédiates des agences et des marchés avec l'incidence connue sur la charge de la dette des Etats membres, le Ministre de l'Economie Français a répondu le 7 Décembre, qu'il s'agissait de "créer un choc de confiance".

Il nous aura fallu relire par deux fois tant l'expression était à la fois représentative et aberrante. Que la confiance de tous les acteurs, y compris les victimes si l'on en juge par les indicateurs relatifs aux ménages et aux entreprises, en la capacité de l'Economie européenne de rebondir soit menacée, voilà qui est évident. Ils tous, sans exception, en état de choc.

Agences de notation et investisseurs ne cessant toutefois de réclamer un traitement de choc auquel les politiques n'entendent visiblement rien, obsédés qu'ils sont par une orthodoxie, voire un dogmatisme néo-libéraux paralysants faits de crainte d'une hyper-inflation et de cécité à l'égard du besoin de croissance qui les empêche de libérer la force de frappe stabilisatrice sur le plan monétaire à la fois de la BCE et du FESF mort-né. 
La BCE et le FESF, deux clé à choc qu'on aurait pourtant pu faire évoluer lors de ce sommet pour les utiliser efficacement contre la crise systémique qui sévit. Ce ne sera pas le cas, hélas. 

Se trompant de diagnostic, les politiques en Sommet à Bruxelles ces 8 et 9 décembre s'apprêtent donc à administrer à l'Europe un remède qui sera pire que le mal, sous la forme de l'électrochoc constitutionnel d'un Traité à 27 ou, si les médecins penchés au chevet du malade divergent, d'un accord intergouvernemental à 17.

Electrochoc qui consiste à durcir encore davantage le cadre budgétaire contraignant de Maastricht à travers un règle d'or et des sanctions automatiques en cas de dérapage budgétaire, sans oublier un contrôle a priori des budgets nationaux, avec le colossal problème politique d'une perte de souveraineté que cela implique et qui n'est compensée par absolument rien. 

De quoi choquer profondément les opinions publiques et les citoyens, qui ne pourront que s'en souvenir pour toutes les échéances électorales à venir. De quoi heurter également leur rapport à un fédéralisme en cours de déploiement accéléré qu'ils savent nécessaire mais auquel il serait indispensable de les faire adhérer de façon démocratique et active, rien moins que l'avenir des nations européennes étant en train de s'écrire. 

De mauvais diagnostic en remède inadéquat, on ne sera pas étonné dans l'avenir, de devoir subir l'onde de choc d'une construction européenne qui se fait à marche forcée, mais à contre-temps des moyens véritablement requis dont les liquidités et la solidarité devraient être les maîtres mots immédiats. Mais voilà bien les fantômes du Sommet. 

Des chocs endurés, les européens ne sont donc pas au terme, la crise étant appelée à perdurer comme à s'aggraver. De chocs dus à la rigueur à travers les plans du même nom inévitablement appelés à s'empiler - François Fillon n'en annonce-t-il pas un 3ème de façon choc -, l'Europe n'étant pas parvenue au terme.

On est bien loin du "choc de confiance" irénique appelé de ses voeux par le naïf ou manipulateur Ministre français.

Quant au choc des titans entre la France et l'Allemagne dans la phase préparatoire à ce Sommet, violent à l'extrême tant Berlin s'est montré hégémonique et intransigeant, il est presque devenu dérisoire aujourd'hui, trois jours plus tard, les agences de notation s'étant invitées à la table des négociations (Lire sur ce blog: "Agences de notation: et si on arrêtait de dire n'importe quoi?") - comment avait-on pu les oublier?- afin de rappeler les priorités, justifiées, en dégradant massivement la totalité de ce qui, de près ou de loin, représente une institution financière au sein de la zone euro, rien n'étant épargné; Etats, Banques, Collectivités, FESF, Zone elle-même. 
Il n'y aura pas eu le moindre pare-choc pour atténuer l'effet de cette mise sous surveillance négative universelle de la zone. 

Il ne servira à rien d'en être choqué. Ce n'est pas le thermomètre qu'il faut dénoncer, mais l'incompétence des médecins traitants. Qui n'auront pas su se rappeler les engagements de 2008 à propos de la gouvernance financière mondiale prévue par l'accord de Bâle III, qu'on aura oubliée, comme tout ce qui aurait pourtant du être premièrement considéré pour anticiper les chocs futurs qui n'ont pas manqué de se réaliser. 

Alors bien sûr, au soir du deuxième jour du Sommet, on assénera aux citoyens un discours choc sur la nécessité qu'il y avait à intervenir de la sorte. Mais qui sera tout aussi théâtral, n'en doutons pas, qu'inadapté aux contraintes économique et financières réelles du moment.

Choc après choc, crise après crise, spasme après spasme de l'économie européenne, il faudra recommencer. Mais on ferait bien de se souvenir qu'on ne peut utiliser la thérapie de l'électrochoc comme une méthode ordinaire et renouvelable sans précautions.

Le patient Europe pourrait bien succomber. Comme on succombe par exemple à un choc anaphylactique, privé de toute faculté de respiration budgétaire, économiquement et financièrement asphyxié par la rigueur. Ce qu'on nomme sur un plan économique l'hyper-récession, et qui est écrite dans les mesures ou les non-mesures adoptées précisément.

Voilà qui cause ou devrait causer un choc à quiconque observe aujourd'hui attentivement l'Europe en devenir. 

Le risque étant non négligeable de demeurer sous le choc, incontestablement.


Capture d'écran du site Reuters France 


mercredi 7 décembre 2011

Des tragédies de l'Histoire


De la tragédie comme dimension et non pas seulement ruse de l'histoire comme le pensait Hegel; 

De la tragédie comme rupture de la chronologie qu'un homme, qu'on dira grand par le fait même, saura réinventer pour la prolonger, là où le temps semble devoir s'arrêter en même temps que l'espace lorsqu'elle surgit; 

Du grand homme comme figure visionnaire qui sait penser l'avenir lorsque le présent le condamne et le passé ne peut pas servir de modèle;

De ce même homme véritable pensée en action, capable de déchiffrer simultanément le possible et le nécessaire pourtant encore invisible aux autres, sans être prisonnier de quelque schéma que ce soit, y compris en sachant penser contre son temps;

De l'extrême rareté de ces grands hommes, de leur fonction éminente pour transcender le destin commun qui se joue à chacune de ces tragédies de l'Histoire;


A l'inverse, 

Des apprentis sorciers de tous ordres, et au premier chef politiques puisque l'Histoire est sans doute premièrement et largement déterminée par cela, qui, faute d'une vision, détruisent le présent, oublient le passé et hypothèquent gravement l'avenir;

De ces hommes irresponsables quand bien même ils sont investis d'un pouvoir, qui précipitent le destin des hommes et des peuples jusqu'à les priver de leur faculté d'exister pleinement et de construire leur propre identité;

De l'aveuglement de ces acteurs ne pensant qu'à courte vue, souvent dictée par l'urgence, fussent-ils déterminés par une pseudo-rationalité, quelle qu'en soit la forme, qui n'accèdent pas au sens profond de l'histoire dont les mots liberté, dignité et solidarité devraient constituer le coeur, contre les idéologies de toute nature;


De l'extrême fragilité de ce destin historique enfin, puisque la faculté de dépasser les contractions comme les spasmes des sociétés et des époques ne dépend pas seulement de la conscience collective des peuples ou de leurs légitimes aspirations ou même de leur engagement, au demeurant nécessaires, mais aussi de la présence ou de l'absence de tels grands hommes. 


« Les tragédies de l’Histoire révèlent les grands hommes ; 
mais ce sont les médiocres qui provoquent les tragédies. » 

Maurice Druon






lundi 5 décembre 2011

Histoire de pas




Plutôt qu'une succession ininterrompue, indéfinie, et somme toute ridicule à la fin de "Sommets de la dernière chance",

On préférerait, et de loin, tant dans la présentation que dans la réalité même, de façon à la fois plus sobre, humble, lucide et par là même efficace, des "Sommets" qui constituent autant de "chances" véritables. 

C'est à dire d'opportunités pour un avenir dont on ne présumera pas orgueilleusement, mais que l'on construirait avec humilité et détermination, dans le souci du compromis équilibré avec nos partenaires européens (ce qui n'exclut pas la fermeté, bien au contraire, à laquelle on ne s'apprête visiblement en rien, puisque les sujets clés sont déjà retirés de la négociation, comme la BCE et les euro-bonds. Mais encore faudrait-il pour cela avoir les moyens de cette négociation)- compromis qui ne satisferait pas que les négociateurs mais aussi ceux dont ils sont censés porter la voix, ce qu'ils semblent oublier bien souvent. 

La politique et la diplomatie ne sont, la plupart du temps, que de petits pas, de pas en arrières, de pas de côtés, de pas chassés, de pas hésitants, et parfois mais pas toujours, de pas en avant.

Faire quelques pas dans le bon sens serait déjà héroïque, à quoi l'on ne parvient visiblement pas. 
Qui se souvient d'un certain Sommet d'Octobre 2011 pourtant présenté alors par les protagonistes comme par les commentateurs comme "un grand pas" voire un "pas décisif" pour sortir de la crise? Qui ne fut en réalité qu'un pas de travers. Voire un faux-pas, puisque, de FESF mort-né en plan de rigueur insuffisant, ou de marchés non rassurés en agences de notation inquiètes et donc dégradantes, rien n'en resta.

"Hâte-toi lentement" nous conseilla Auguste. 

Pas à pas en somme, car c'est ainsi qu'on franchit véritablement le pas. Chacun des pas qui s'imposent, dans un chemin européen qu'on ne peut parcourir, sans jamais brûler les étapes, que pas à pas.
Sauter le pas, c'est s'exposer à trépasser. Ce qui nous menace à l'évidence au regard de l'étendue comme de l'intensité de la crise qui prospère malgré les dénégations gouvernementales. 

Voilà pourquoi il est tout aussi important, pour ne pas marquer le pas et par là même sombrer, de bien assurer ses pas. Pour ne pas avoir à y revenir, précisément.

Et continuer ainsi, peut-être d'avancer, en mettant un pas devant l'autre. Ce qui reste la meilleure façon de marcher. 

N'est-ce pas!


Capture d'écran du site elysee.blog.lemonde.fr


vendredi 2 décembre 2011

A propos de l'impact des nouvelles technologies sur les méthodes de travail


A propos de l'impact des nouvelles technologies sur les méthodes de travail, du point de vue de la sociologie des organisations, de l'économie et de la finance


Développement du crowdsourcing, rémunération à la qualité et au rendement, déploiement du cloud computing, rupture culturelle due à la montée des "digital native", DSI transformé en DRH de la ressource digitale, logiciels métiers communautaires: tels sont en effet les axes majeurs de la nouvelle donne que les nouvelles technologies créent et imposent à l'activité productive.

L'article qui motive le présent propos est intéressant qui, sans créer la nouveauté, confirme ces tendances et manifeste le caractère inéluctable de l'évolution de l'organisation du travail qui en découle.

Faut-il y voir, sans restriction, des avancées? 

Pour peu qu'on sorte de la simple analyse technique propre à la fonction informatique, mais aussi qu'on dépasse l'approche managériale, la plus grande circonspection est de mise. 

Car avancées technologiques et redéfinition ad hoc des organisations ne riment pas nécessairement avec progrès de la condition de l'homme au travail. Loin s'en faut.
"Bouleverser" le travail n'implique pas de soi en améliorer les conditions sur le fond. Encore moins le couper du cadre macro-économique, socio-économique, politico-économique, dans lequel il s'insère, qui lui, est un invariant doté d'un pouvoir de contrainte sans limite qui constitue la principale source de fragilisation des dites conditions. 

On voit bien les avancées technologiques, réelles et majeures, ainsi que les nouvelles questions et les nouveaux enjeux, partiellement mais néanmoins pertinemment pointés dans l'article: 

Risque de désinvestissement des collaborateurs par dématérialisation de la relation physique au sein de l'entreprise; 
Difficulté de quantifier le travail lorsque la variable "temps" n'est plus premièrement ni même explicitement prise en compte; 
Difficulté d'intégrer à l'évaluation des collaborateurs des critères qui ne permettent pas de quantification rigoureuse (comme la créativité);
Difficulté de déterminer et maintenir la ligne de partage entre vie privée et vie professionnelle, l'accessibilité permanente et totale permise par l'infonuagique ayant flouté sinon irréversiblement gommé la démarcation;
Risque de conflits intergénérationnels lié à des différences de perception et de conception de la culture d'entreprise entre les "digital native" et leurs aînés;
Risque de développement d'une culture du contrôle automatisé et exhaustif des données ou data des collaborateurs et de leur activité sans égard pour la préservation de leur vie privée même au travail, sous couvert de maîtrise de l'activité productive ou encore de confidentialité des données de l'entreprise;
Difficulté de faire évoluer vers la fonction RH la fonction SI qui est par nature une fonction technique ne prédisposant pas du tout, historiquement, à la culture du "lien social" et de la "ressource" et de sa potentialité à force d'avoir été tournée vers l'infrastructure technologique;
Difficultés liées à la socialisation croissante à la fois sur le plan interne et externe qui décloisonne l'entreprise à l'intérieur et la rend très perméable et interagissante avec l'extérieur, ce qui fait vaciller un certain schéma vertical et un rapport à l'autorité hiérarchique;
Etc. 

Mais quiconque connait un tant soit peu la matière économique, la sociologie des organisations et l'histoire, voit bien que derrière ces risques, difficultés, qui pointent autant d'enjeux, d'interrogations, il existe un cadre très formel qui lui, n'est en rien remis en cause par l'ensemble du processus de redéfinition des conditions de l'organisation du travail en raison des mutations technologiques en général et informatiques en particulier. 

Pour passer à la limite, on pourrait dire que "tout est bouleversé" mais que "rien ne change" si ce n'est dans le sens de la facilitation d'une plus grande extension de l'emprise de la finance sur l'économie en général et les entreprises en particulier, ce qui ne constitue pas en soi un quelconque "progrès". 

Car dans une économie mondialisée et donc sous pression concurrentielle extrême, les maîtres mots sont et seront de plus en plus "rentabilité", "productivité" et "compétitivité", la valeur résidant dans le bien produit (matériel ou non) et/ou le service rendu pour un coût toujours réduit, abstraction faîte donc, et c'est tout le problème, de tout le volet organisationnel qui se doit avant tout d'être plus efficace et non pas plus humain, les méthodes, outils et structures de production étant subordonnés à cela. 

Dès lors, ces nouvelles formes d'organisation du travail, en apparence source d'autonomie, de créativité et de liberté pourraient fort bien n'être que des formes plus évoluées de dépendance envers la "production" (un service demeurant une "chose produite") qui se doit d'être optimisée par tous moyens. 

En ce sens, ces avancées ne seraient rien d'autre que les vecteurs d'un néo-taylorisme largement théorisé en son temps par Taiichi OHNO, même à l'appliquer à une société de services et non plus à une société industrielle désormais vieillissante. 

Même si mieux habillé, mieux présenté, plus convenable, plus agréable à vivre, plus convivial, et l'on notera l'importance de la notion de plaisir dans la relation à l'outil, pour mieux effacer la frontière vie personnelle/vie professionnelle, d'un mot, apparemment "plus humain".

Confondre bouleversement de la sociologie des entreprises sous l'influence des mutations informatiques et des télécoms, et mieux-être de l'homme au travail, c'est être victime d'une illusion d'optique majeure liée à un défaut de perspective qui fait oublier ce paradigme socio-économique et socio-politique: la domination tyrannique de l'économie sous l'emprise totale de la finance est telle que les organisations demeurent au service de l'économie et non l'inverse. 

Dès lors, ces nouvelles formes d'organisation du travail pourraient fort bien n'être qu'une modalité très évoluée de sujétion de l'homme au travail à la machine productive, l'antique aliénation étant maintenue, de façon d'autant plus redoutable que le sujet y prend plaisir et croit y trouver son compte. Le management modifié en conséquence se faisant à son tour le serviteur du triple objectif rentabilité-productivité-compétitivité. Qu'il soit autoritaire ou participatif, que la communication soit horizontale ou verticale, que la délégation et l'autonomie permises par l'outil soit importante ne change rien à l'affaire: si l'on investit dans ce nouvel outil informatique, c'est pour améliorer les ratio de rentabilité, le bouleversement des méthodes ne correspondant qu'à un ajustement structurel pour permettre au dispositif d'être optimisé. 

De fait, la question ne se pose donc pas de savoir si ces évolutions sont souhaitables ou non. Elles sont là, inévitables. Elles sont précieuses pour le fonctionnement général de l'économie. De là à dire que l'homme au travail y trouve vraiment son compte, il y a un pas qu'on ne franchira qu'avec la plus extrême prudence, puisque de toute évidence pour toucher aux formes d'organisation, on ne remet pas en cause, ce qui n'aurait pas de sens, les données structurelles. 

En réalité, les acteurs de l'entreprise sont donc en situation d'inventer ou pas un mieux vivre le travail qui n'est pas contenu dans les évolutions technologiques elles-mêmes mais dépendent des rapports sociaux au sein des entreprises. 

L'histoire la plus récente ne montre absolument pas que les rapports humains ou la valorisation du sujet au travail aient été embellis par le simple fait des nouvelles structures qui vont toutes dans le sens décrit précédemment. Ces rapports sont fondamentalement des rapports de force et sont pour l'heure très déséquilibrés en raison de la pression socio-économique et des hypothèques graves pesant sur l'emploi dans les pays industrialisés vieillissants et en crise.

Sous ce rapport, nouvelles technologies signifie tout au plus et pour demeurer constructif, nouveaux enjeux pour de nouvelles opportunités de rééquilibrage des rapports sociaux autour de et au sujet du travail. L'outil ne faisant pas le rapport. 

Le travail humain demeure à la fois à défendre dans la valeur inestimable qui est la sienne au sein des entreprises, et à réhabiliter tant le perfectionnement constant des outils a signifié avant tout efficacité accrue de l'entité, mais pas nécessairement construction et valorisation de soi du sujet au travail, et encore moins valorisation collective puisque la rareté de l'emploi a induit ce qu'on pourrait appeler une socialisation plutôt inquiète avec son cortège de manifestations préjudiciables à l'efficacité des entreprises. 

Hors la vigilance de tous les acteurs, le respect rigoureux du droit et de ses règles, une culture de la négociation en entreprise, une réaffirmation de la dignité de l'homme au travail, les nouveaux outils, n'échappant pas à la règle, n'apporteront rien de neuf, et surtout, rien de bon, dont on voit déjà les dérives, le droit du travail précisément, étant sérieusement malmené quand il n'est pas purement et simplement oublié dans une ère économique profondément influencée par la remise en cause de tout cadre réglementaire ou légal.

De toute évidence, les défis comme les risques associés à ces nouvelles technologies sont de taille et ressortent même de problématiques sociétales essentielles. Raison de plus pour bien réfléchir à ce que l'on fait en matière d'organisation du travail en rapport avec ces évolutions, sans productivisme béat, ni a fortiori malhonnête, précisément.

Capture d'écran du site lemondeinformatique