jeudi 3 novembre 2011

De la multiplicité des réseaux sociaux, de la virtualisation sociale et de l'identité du sujet







Je vois beaucoup le schéma sur mon mur Facebook, aujourd'hui. Qui m'inspire les réflexions suivantes s'agissant des réseaux sociaux:

La plupart des internautes y voient avant tout et à juste titre l'humour (j'avoue avoir été amusé par la justification des posts sur LinkedIn) associé à un schéma "fonctionnel" d'exploitation des réseaux sociaux (moyennement avéré me semble-t-il bien que dénué d'erreurs grossières).

Au delà de ces données factuelles, j'y vois pour ma part ceci: une frénésie démultiplicatrice (parce qu'économiquement lucrative selon le business model du "user generated content") des réseaux sociaux, qui aboutit à ce que la manipulation des dits réseaux dans leur multiplicité finit par prendre plus de temps que la vie elle-même, quels que que soient les outils de publication (y compris automatiques, donc) utilisés. 

Tendantiellement (il faudrait pouvoir mettre le terme en italique), la production de la vie, de l'existence, du contenu, finit par être dissoute dans la projection sociale virtuelle de l'image de soi. Toutes dimensions du "soi" en question étant considérées. 

A l'inverse, on voit bien les dangers immédiats d'un grand réseau social unifié, dont le fléau totalitaire (on pense bien évidemment à Orwell) est sans doute le plus important. Quels que soient les habits (souvent pseudo théoriques) dont on pare cette dangereuse utopie.

Mais au-delà de cette "tension" sociologique entre multiplicité des réseaux en relation avec des dimensions de l'individu considéré dans son "être social" (qu'Aristote théorisa bien avant Mark Zuckerberg ou Biz Stone, ceci étant dit afin de rééquilibrer les délires conceptuels de certains naïfs du web 2.0), ainsi qu'avec les fonctionnalités attendues vues comme autant de prolongement de la forme de la présence au monde (personnelle, professionnelle, géographique, neuronale) - et l'unité souhaitée de la présence virtuelle et sociale au monde, nous sommes provoqués à réfléchir sur la relation entre le virtuel et la vie, entre la construction de soi et la projection de soi (même si j'entends déjà les défenseurs du web 2.0 et du web 3.0 dirent que la virtualisation sociale n'est pas une dimension "rajoutée", mais une dimension qui fait partie intégrante de la construction de soi; que le web sémantique associé reproduit parfaitement le fonctionnement neuronal de notre cerveau et nos liens signifiants au monde dans lequel nous sommes de fait immergés), entre l'apparence et l'être.

Il ne s'agit ni d'être archaïque car cette virtualisation sociale ajoute et favorise le déploiement de notre identité; ni d'être naïf, car l'inévitable démultiplication des réseaux, ici manifestée pour les principaux, crée un risque de dissolution du sujet dans l'univers social virtuel. la pertinence n'étant pas toujours, loin s'en faut, au rendez-vous, le média ayant une fâcheuse tendance à prendre le pas sur le contenu.

La clé de la recherche de l'équilibre, car c'est bien ce qui peut être souhaité pour tirer le plus grand profit des réseaux sociaux en question, étant sans doute ceci: la virtualisation sociale projette dans la dimension de l'extériorité. Or le sujet, en lui-même et dans sa relation à autrui, a un besoin "structurel" d'intériorité afin d'accomplir le chemin qui lui permet de passer de lui à lui-même. 
Tout est bon, donc, qui reprend cette "extériorité" virtuelle sociale dans un cycle fécond ou le sujet dans son intériorité, fut-il doué d'une dimension originelle sociale, parvient à la construction de soi-même. 
J'exclus ici une exploitation purement économique (marketing, business), dont on pourrait au demeurant démontrer qu'elle est soumise aux mêmes contraintes de fond, même à être transposées.

Il n'y a donc pas, face et à partir de cet état des lieux fonctionnel de l'utilisation des réseaux sociaux, loin s'en faut, qu'un simple débat en termes de "quels contenus? / pour quels réseaux sociaux? / quels types d'interactions? / quels types d'attentes?", mais un questionnement plus radical auquel nous sommes invités sur les modalités de la construction de soi dans un environnement social virtualisé.


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